Le voile.
Dans l'embrasure de la porte apparu un bouquet de fleurs blanches, précédant une femme vêtue d'une robe. Sobre, mais magnifique. Elle entra dans la salle au plancher de marbre et aux nombreux vitraux. La lourde porte de bois se referma derrière elle en émettant un son sourd qui se répercuta partout dans l'église, endroit si propice à l'écho. Le silence qui s'ensuivi fut vite rompu par un clac clac incessant de souliers à talons hauts frappant le marbre, à mesure que la belle faisait son chemin vers l'autel. Elle regardait droit devant elle, avançant lentement, n'étant pas pressée.
Clac... clac... Son coeur battait vite, très vite, si vite qu'il aurait pu être audible pour les gens assis dans ces rangées de bancs de bois qui défilaient, une à une, devant ses yeux à mesure qu'elle cheminait vers l'avant de la salle. Ces gens, ses invités, sa famille avait les yeux posés sur elle, dans une attente quasi divine, à l'affût d'une révélation, d'une manifestation.
Mais rien. Son visage restait impassible, n'exprimant ni la joie ni la tristesse, aucune émotion, appropriée ou non. Les pans de sa robe ondoyaient mollement, ses mains s'accrochaient toujours au bouquet de fleurs, tendu bien droit devant elle, comme un bouclier. Elle n'était pas prête, cela se voyait. Elle s'était vue être précipitée dans cette suite d'événements sans avoir pu souffler mot. Son homme était toujours si imprévisible, elle ne pouvait faire autrement que se plier à ses exigences, et malgré tout, elle l'aimait. Elle tâcha de reprendre son souffle, son courage, ses esprits, afin de mener à bien ce pourquoi elle était là. Une pétale se détacha de son bouquet et alla atterrir sur les genoux de l'une de ses tantes. La tante, toujours bien émotive, pleurait dans son mouchoir.
Pourtant, personne ne pouvait lui en vouloir aujourd'hui, car il est normal de voir des gens pleurer lors de tels événements. Plus que quelques rangées. Il l'attendait, toujours aussi paisible, à la fin de l'allée. Plein de gens l'entouraient, et pourtant elle aurait voulu être seule avec lui, en cet instant précis.
Un dernier clac retentit, et ce fut le silence complet. Elle ne pouvait plus reculer.
D'un geste tremblant, elle déposa les fleurs blanches sur le cercueil de son mari, et rabaissa son voile noir, pour qu'on ne puisse la voir pleurer.
Histoire publiée le 29/04/2008 à 01h05.
Thèmes : Bouquet, Mariage, Nouvelle, Porte, Voile
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