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Les enfants, fin

Je me pris la tête entre les bras, soudainement affreusement lasse. Mon coeur me faisait mal chaque battement, une douleur sourde s'installa dans ma poitrine. J'avais mal jusque dans les seins. Je me posai une main sur le ventre et tentai de rester stoïque. Je sais bien faire. J'essayai de dire un mot, l'éclat de leur voix me coupa la parole. Et comme tout les soirs, je finis par me mettre en colère. Je les traitais de gamins, ce qu'ils sont je le sais bien. Je ne peux rien dire d'autre. Ce sont des enfants, capricieux, mal élevés, enfermés dans leur royaume de peur et de souffrance. Ils se ressoudèrent immédiatement pour faire front commun contre moi. Ironie de la chose c'est une des seuls choses pour laquelle ils font face ensemble. Ils me renvoyèrent à mes livres et à mes chiffres, disant que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas. Je réussis à garder mon calme. Il est parfois dur de se fâcher pour de bon et d'envoyer balader sa propre famille. Et pourtant... ces histoires, on les subit, on en souffre, on en pleure, on en crie, on les nie... on devrait pouvoir parler au moins avec ceux qui les subissent aussi. Mais j'avais perdu la guerre. Comme tout les soirs... Comme tous les soirs je n'avais plus rien à dire. Comme tous les soirs la colère, la douleur, la peur manquèrent de m'étouffer. Et comme tous les soirs je ne dis rien, n'en laissais rien paraître. Je capitulai et montai dans ma chambre dans laquelle je m'enfermai. J'avais toujours mal. Comment ne pas avoir mal ? Je passais sous la douche. De lourdes larmes roulèrent en même temps que les gouttes d'eau chaude, je sentais leur gout salé dans ma bouche, je sentais leur douleur qui me brulait les yeux. J'aurais voulu tout laisser tomber, partir, loin. Fuir. Fuir. Prendre mon vélo et partir sans jamais m'arrêter. Fuir... Je retombai dans la réalité. Je n'avais pas le droit. Je n'ai pas le droit de les laisser comme cela, sans ressources, sans rien. Je ne pouvais pas. Je ne devais pas. Tant de contradictions, de volonté mortes-nées, tant d'espoir immatures, tant de déception virvoltaient dans mon esprit. Je me calmai, calmai les tremblements qui me parcouraient.

Je sortis de la douche, me rhabillai et repassai dans ma chambre. Je me replongeai dans mes livres et continuai d'écrire. La vie devait continuer. Comme tous les jours. J'avais allumé ma veilleuse et elle ne dispensait qu'une lumière chiche. Je me sentais incroyablement vieille, usée jusqu'à l'os. Mes yeux se fatiguèrent vite, comme tous les soirs. C'est incroyable de voir à quel point j'ai besoin de sommeil. Comme un enfant... Je m'assis quelque temps sur mon lit et me mis doucement un concerto pour violon. Je me roulais en boule sur moi-même, les yeux clos. La musique m'emporta comme si je faisais corps avec elle, je n'avais plus aucune conscience du monde alentour. J'étais dans mon monde. Là ou personne ne pouvait m'atteindre. Là où tout était calme. Là où j'étais en paix. Dans un flot de douceur qui me rappelait de vagues souvenirs d'amour maternel. J'étais si bien. Le réveil fut brutal et douloureux. Un éclat de voix qui montait. Je fermais les yeux. Ils criaient... mais pourquoi étais-je la seule à avoir aussi mal ? Pourquoi les larmes coulaient, comme tout les soirs pour eux ! Le sang... le sang... j'aurais voulu qu'il cesse de couler dans mes veines. La haine que j'avais pour eux deviens haine pour moi, contre ma faiblesse, contre ma douleur, contre... contre je ne savais pas quoi. J'avais besoin de haïr.N'importe qui, n'importe quoi. Je me mis au lit et enfoui ma tête dans mon oreiller et éclatai en sanglots. J'étais seule dans mon lit, comme tout les soirs. Je ne voulais plus me réveiller. Le monde était devenu enfer. Je ne pouvais plus vivre, je ne voulais plus vivre. J'avais envie de vomir. Un grattement se fit entendre et mon frère, Louis, entra. Il me regardaient et je lus dans ses yeux, non pas la même douleur mais la même lassitude. Nos parents en bas hurlaient. Ces enfants ! Ces enfants qui nous ont donné le jour. Ces gamins incapables de se séparer, incapables de voir le mal qu'ils se faisaient, incapable de voir le mal qu'ils nous faisaient. Et nous, pauvres pions au milieu de ces enfants, prématurément vieillis peut-être, cyniques. Mon frère ressortit sans dire un mot. J'ai mal. Ils ont mal. Je crois qu'ils ne veulent pas vieillir, voir leur déchéance dans leurs yeux, ils ne veulent plus de la routine qui les emprisonne et qui sera mienne dans quelques années. Ils ne veulent pas voir que l'amour n'est rien et qu'ils ne s'aiment plus. Ils ne veulent pas voir que les années de vie commune les ont aigris. Ils ne veulent pas savoir. Ou peut-être n'est-ce que mon imagination. Peut-être que... mais au fond qu'importe. Parfois les raisons ne comptent pas quand on ne peut pas les changer. Ils s'accrochent l'un à l'autre comme des bêtes hargneuses pour ne pas voir que leur univers est détruit, pour faire croire qu'ils ne peuvent rien faire à cause de nous, qu'il ne faut pas qu'ils nous laissent, pour nous faire croire que tout va bien. Et nous sommes pris, entre ces deux enfants. Et cela n'aura jamais de fin. Ils ne veulent pas savoir. Ils ne veulent pas. Ma douleur se calme doucement. L'habitude. Je ne pleure plus. Je me serre contre une vieille peluche, un gros chat consolateur. Je laisse le sommeil venir. Libérateur. Demain sera un autre jour. Demain... J'irais au lycée. Demain je reverrais mes "collègues" de classe que je n'aime pas. Demain... demain... Je m'endors.

Histoire publiée le 13/05/2007 à 16h23.
Thèmes : Dispute, Famille, Vie

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