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Les erreurs

Le soleil brille dehors. Cela fait deux semaines que le soleil brille. Deux semaines que je reste enfermée dans ma chambre, dans l'obscurité. Tous les jours, j'aperçois les rayons du soleil au fond de ma chambre, loin de mon lit. Ma chambre si vide, mon lit si petit. Je n'ai rien voulu prendre de chez moi, aucune affaire, je ne vois pas où en est l'utilité puisque je n'ai rien envie de faire, rien envie de voir, rien envie d'entendre...
J'entends des cris, des rires, des pas dehors mais je ne vois personne, le rideau est fermé pour de longs jours d'attente. Ce sont sûrement des gosses de mon âge. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi ils rient, pourquoi sont-ils joyeux ici ? Nous n'avons rien pour être heureux.
Ma chambre est toute petite, tapissée de blanc, le mur tout simplement. Aucun poster, aucun tableau. On ne les verrait même pas. Il y a des barreaux aux fenêtres. C'est vrai que c'est tentant de s'échapper... mais pour aller où ? Je préfère mille fois être ici que chez moi. Quoique. Je préfèrerais être nul part.

- Ne t'inquiète pas, tout se passera bien, tu te sentiras comme chez toi ici et tu te feras plein de nouveaux amis.

Première erreur. Je ne me suis faite aucun ami. Ils sont joyeux, eux, heureux de vivre. Leur séjour ici leur ont fait du bien. Je me demande bien comment. Je n'ai jamais cherché à les connaître. Ils posaient trop de questions dont je n'avais aucune réponses. De toute façon, je n'avais pas besoin d'amis, je suis bien toute seule. Je ne me fais pas de mal, du moins pas comme les autres m'en font...

- Tu verras quand tu seras sortie d'ici, tu auras tout oublier et tu seras enfin heureuse.

Deuxième erreur. Je ne pourrai jamais être heureuse et je ne suis pas sûre de sortir d'ici un jour. Mon passé est toujours présent, il n'y a pas de vie à l'intérieur de moi. Je suis comme une poupée. Sauf qu'on ne peut pas me manipuler. Je suis juste une poupée abandonnée qu'une petite fille trouve trop usée pour jouer encore avec. Je suis déchirée partout, sale.

- Tu es encore jeune, tu as toute la vie devant toi.

Troisième erreur. Je suis jeune, certes. Mais je n'ai plus de vie. Je n'ai pas vu ma vie défiler, je ne sais pas comment elle partie. Tout ce que je sais, c'est que je n'en ai plus. Tout me répugne. Non, je me répugne. L'extérieur ne me fait rien ressentir. Jamais.

- Les infirmières ont dit que si tu mangeais à nouveau et que tu prenais l'air de temps en temps, tu pourrais peut-être sortir.

Je ne saurais pas dire où est l'erreur. Ma mère n'arrêtait pas d'essayer de me remonter le moral, mais de tout son discours, ce sont les seules phrases que j'ai retenues et qui se répètaient dans ma tête. Elle était persuadée que tout allait s'arranger pour moi, parce que je suis jeune, très jeune. Qu'à mon âge, on ne peut pas penser à la mort. J'ai quinze ans. Je ne me trouve pas si jeune que ça. Mon âme est vieille, très vieille. Trop usée par un passé éternellement long.

Deux semaines. Deux semaines enfermées dans cet endroit de nul part. Ma mère est venue me voir qu'une seule fois en deux semaines. Aucun coup de fil. Personne ne m'a appelée ni n'est venu me voir d'ailleurs. Je ne manque à personne. Dans un sens, ça ne m'étonne pas. C'était déjà comme ça quand j'étais dehors. Quand je n'étais pas à la maison la nuit, personne ne s'inquiètait. Je rentrais tard dans la nuit. Le lendemain, personne ne me demandait où j'étais ni à quelle heure j'étais rentrée. Au lycée, c'était pareil, quand je manquais des cours, personne n'appelait chez moi pour prévenir. Même quand j'ai manqué un mois entier. Je suis transparente. Oui, juste transparente...

D'habitude, quand on rentre dans cette clinique psychiatrique pour adolescents, on nous fouille, histoire de voir si l'on a des lames de rasoirs ou simplement un téléphone portable. Oui, car on devait être coupé du monde extérieur, de nos relations extérieures. Mais on pouvait quand même nous appeler via le bureau des infirmières. Ce que ma mère et les autres ont dû oublier... Mais quand je suis arrivée dans cette clinique, personne ne m'a fouillée, ils m'ont juste demander si j'avais des lames et un portable. Bien sûr, je leur répondit que non et ils m'ont cru sur parole... Je trouvais ça bizarre, mais je n'allais pas me plaindre.

Les jours sont trop longs ici, beaucoup plus qu'à l'extérieur. Je maigris à vue d'oeil, je perds des forces. J'évite de me lever ou de trop bouger car je fatigue trop vite. Je dors beaucoup aussi. Je pense. Je pense souvent à une mort parfaite. Mais je n'en ai pas trouvé. Il ne doit pas en exister, elles sont toutes douloureuses. Même celle que je m'apprêtais à faire.

J'ai sorti la lame de cutter que j'avais dans mon portefeuille. Je la fixais. Longuement. Je n'hésitais pas, loin de là. Je l'admirais, c'est tout. Elle avait le pouvoir de me garder en vie ou non. Elle seule pouvait décider de ma vie, étant donné que mon corps, mon coeur et ma tête n'avait plus raisons d'être. Je caressais mon bras droit avec la lame, sans appuyer, juste caresser. J'adorais cette sensation. Une sensation de maîtrise. La seule façon de contrôler ma vie, mes douleurs.
Je serrais de plus en plus fort la lame. Si fort, que ma main gauche saignait. Je ne ressentais aucune douleur, aucun écoeurement. Ma main rippa sur mon poignet, mais je ne sentais toujours rien. Je dois être morte aussi de l'extérieur maintenant. Mais le sang coule, je le vois, je ne suis pas morte. J'appuyais, de plus en plus fort et en tirant un trait doucement, très doucement sur mon poignet. J'avais un sentiment de bonheur, de liberté. Beaucoup de sang a déjà coulé.
Je commençais à regretter mon geste. Je pensais à ma mère, à ma petite soeur. Je les ai laissé par égoïsme, par peur. Peut-être ne me le pardonneront-elles jamais. Mais tout est fini. Je m'allonge doucement sur mon petit lit. Les yeux rivés sur le plafond, perdue dans mes pensées. Je ferme doucement les yeux pour me laisser aller vers un autre monde.
Dernière erreur de ma part.

Histoire publiée le 27/11/2007 à 11h46.
Thèmes : Dépression, Erreurs, Mort, Suicide, Tristesse

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