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Les Portes du Soir

Ca y est. Une peur soudaine me prit le ventre, une angoisse difficile à décrire. J'étais comme paralysée. Si j'avais voulu faire un geste, je n'aurai pas pu. Mon cœur battait de plus en plus vite sous ses doigts. Il m'avait déshabillée et embrassait ma peau nue avec volupté. Je le laissai faire. Mon corps était brûlant. Je le regardai. Des perles de sueur coulaient sur son front et ses épaules. Il leva les yeux vers moi et se hissa à ma hauteur. Il m'embrassa. Son corps glissa entre mes jambes ouvertes. Puis…douleur. Je me mordis les lèvres et fermai les yeux. J'avais mal. Très mal. J'aurais voulu ne pas être là, en ce moment. Mais je sentais son poids sur moi, son souffle rauque, accéléré. J'avais envie de crier. Ma main se crispa sur le drap. Que ça s'arrête ! Je sentais les larmes monter. Que ça s'arrête… Il poussa un soupir et s'affala sur moi. J'étais secouée de spasmes. Il s'allongea à mes côtés et passa une main dans ses cheveux mouillés, les yeux clos. Son souffle se fit régulier. Il dormait, l'esquisse d'un sourire sur les lèvres. Silence. Je me relevai, encore tremblante. Le sol était froid et semblait se dérober sous mes pieds. Ma vision se troubla un instant, je m'appuyai contre le mur. J'attrapai une chemise et m'approchai de la fenêtre. Dehors, la nuit était noire, sans lune. Je m'assis sur le rebord, repliant les jambes vers moi. Je posai ma tête sur mes genoux. La douleur avait disparu. Je me sentais sale…




La musique battait à un rythme sourd et régulier. Elle résonnait dans ma tête, comme amplifiée, entrait dans tous les pores de ma peau, se frayant un passage forcé vers mon inconscient. Mon cœur répondait à l'appel, fidèle basse accompagnant la guitare. Autour de moi tournaient des ombres mouvantes, fantômes à la danse sensuelle et envoûtante. L'air était emplit de la fumée des cigarettes, et, tour à tour, se teintait de couleurs chaudes et froides. Les visages qui m'encerclaient avaient des traits sombres, taillés au fuseau. De temps en temps miroitait un sourire qui disparaissait aussitôt, emporté par la foule. Ma tête me lançait. On me proposa à boire, je m'assis sur une chaise à la hauteur vertigineuse. L'homme à côté de moi déversait des paroles souples, fleuve continu que j'écoutais distraitement. Mes yeux balayaient le tableau présent, lequel semblait figé dans un perpétuel mécanisme. Je posai le verre sur mes lèvres. Le goût de l'alcool s'étrangla dans ma gorge. Une main moite s'était enhardie sous ma jupe. La bouche de l'homme vint se nicher dans mon cou. Je pinçai les lèvres. Le poids d'un regard me fit tourner la tête. Elle avait un visage fin et pâle, presque maladif, et des cheveux noirs et épais lui arrivant à la taille. Son regard sombre, caché par une frange, brillait d'un éternel dédain provocant. Un de ses sourcils se haussa quand elle surprit mon geste. Elle leva un verre dans ma direction, qu'elle porta à sa bouche rosée, semblable à un piège. Le sang me monta aux joues.



Je ne pouvais détacher mes yeux des siens. Son regard semblait m'appeler et me repousser violemment. Son sourire riait du spectacle offert avec l'homme. Envie de jouer avec moi, chat cruel se pourléchant les babines. La partie s'éternisa quelques instants, elle la rompit en se levant. Je retins mon souffle, la voyant s'arrêter face à moi. L'homme resta planté dans une attitude muette, une main glissée sous ma jupe, l'autre explorant mon corset. La cadence de mon cœur s'accéléra. Elle ne fit pas attention au malaise qui pesait et me tendis une main. Ses yeux et son sourire semblaient m'inviter à un jeu dont je ne connaissais ni les règles, ni l'issue. Je pris sa main et sautai à ses côtés. L'homme resta un moment abasourdi avant de se mettre à crier des insultes à notre dos. Elle marchait d'un pas décidé. Ses hanches ondulaient, traversant une foule qui s'écartait sur notre passage. On murmurait autour de nous, on détournait le regard, on sifflait… Elle riait, indifférente. Je la suivais, baissant le regard, les joues en feu. « Ignore-les ». Ces mots… Je ne su vraiment si ce fut elle qui les prononça ou s'ils étaient sortis de mon esprit, mais je relevai la tête. Ses cheveux volaient en éclats au rythme de ses pas, papillons noirs impossibles à mettre en cage. Ils m'hypnotisaient, je ne voyais plus rien autour de moi. Juste elle, son rire, son parfum…



Elle m'amena dans une chambre sombre. Derrière les rideaux se soulevant avec langueur se peaufinait une lune timide, inestimable espérance. Elle alluma une lampe de chevet qui projeta une lumière rouge dans la pièce. Un voile obscurcit mes yeux. Ses bras entourèrent ma taille. Ses lèvres effleurèrent mon cou. Mes doigts caressaient les papillons noirs au toucher de soie. Je sentis une main douce s'avancer sur ma poitrine, une autre s'aventurait sous ma jupe. Ce geste… C'était le même que celui de l'homme. Mais c'était différent. Oui, différent. Je me retournai. Devant moi, son sourire me narguait. Je le fis disparaître. Elle parut surprise. Ses yeux se fermèrent. Je sentis son rire s'étouffer sous ma bouche. Je me mis à rire moi aussi. Elle m'embrassa. Une bouffée de chaleur monta en moi, une joie autre que celles éprouvées jusqu'à lors. Je m'agenouillai sur les draps et soulevai mon bustier. Elle s'assit à mes côtés. Ses bras m'entourèrent. Mon sous-vêtement tomba. Ses doigts caressèrent ma peau dans un plaisir inconstant. Elle m'allongea sur le lit et s'assit sur mon bassin mis à nu. Se penchant, elle goûtait à mon intimité, petite fille s'accaparant un trésor précieux. Je brûlait intérieurement. Des ombres jouaient sur les courbes de son bassin et de son décolleté. Mes doigts cherchèrent l'ouverture de sa robe. Elle plaqua mes mains. Je me sentais agréablement et irritablement impuissante. Elle s'amusa de mon impatience. Elle joua encore quelques instants avec moi, un sourire cruel sur les lèvres, puis s'allongea à ma portée. Je défis sa robe précipitamment pour découvrir une peau douce et veloutée, au goût sucré. Je m'aventurai plus loin, voulant tout savoir, tout comprendre. Son regard riait de mon ignorance enfantine, elle me guida dans mes gestes avec calme. Mes yeux se fermaient seuls, traîtres. Elle vit ma fatigue et me borda, telle une mère. Je m'endormis gardant dans mon esprit cette main douce caressant mes cheveux et dans mon cœur semi-léthargique un sentiment confus de bonheur, ce qu'on appelle, je crois, l'amour…

Histoire publiée le 08/12/2006 à 20h38.
Thèmes : Bisexualité, Différence, Homosexualité féminine

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
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Commentaires

Avatar de rachoux

Par rachoux le 07/01/2009 à 15h21

+5 j'aodre ta trop du talent

Avatar de shinobugogol

Par shinobugogol le 19/04/2008 à 14h17
vend maison 300m² en champagne ardenne

Superbement bien écrit.. j'adore <3

Avatar de lazagnette

Par lazagnette le 12/12/2006 à 20h53
écrire c'est hurler en silence...!!.

waou bravo !

Avatar de deathqueen

Par deathqueen le 10/12/2006 à 21h54

du talent ^^

Avatar de disturbedflower

Par disturbedflower le 10/12/2006 à 21h46

très bien décrit ^^

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