Lettre au vide, lettre à personne
Tout au fond de mon cœur, je me souviens. Quand je regarde la neige tomber, je me souviens qu'il y a un an, un soir de neige comme celui-ci, j'ai fugué. Je me souviens de la beauté des rues et de la clarté du ciel. Les étoiles étaient si brillantes...
Près du Sacré Cœur, à l'endroit où Paris est le plus près du ciel, les rues étaient vides, seul un mime en costume de troubadour argenté était encore là. Ce silence remplissait mon cœur, lui donnant cette plénitude que seule peut donner la solitude.
Ce soir là, je voulais te parler sur msn. Mais je ne voulais pas rentrer. Alors je suis allée à l'église. Dans le Sacré Cœur, j'ai choisi une place tout au fond, une nef de saint où il n'y avait qu'un petite lumière, une chandelle et le silence. Si tu avais vu comme les sœurs m'ont regardée à l'entrée. On aurait dit que le diable était entré dans leur église. Évidemment, un manteau noir et des bracelets en cuir, cela n'aidait pas.
Et je suis restée là longtemps. J'ai pensé à toi, un peu. Et puis j'ai pensé à ma mère, à toutes ces choses horribles qu'elle avait dites. A ce pourquoi j'étais partie. Je me souviens du moment où l'église s'est fermée. Je me souviens de ma chère Nina venue me chercher. Il était minuit passé, il faisait froid dehors et il neigeait. Elle habitait loin et elle avait les joues et le nez rougis par le froid. Mais elle était venue quand même. Elle était venue alors qu'on ne s'était pas vraiment parlé depuis longtemps. Cette chère Nina. Toujours là pour moi dans les pires moments. Sans elle, je serai déjà morte au sens propre du terme.
Je me souviens de la chaleur de sa maison, de son sourire. Du sourire de sa mère. Un appartement pas très grand mais un lieu chaleureux où l'on a envie de rentrée le soir. Pas comme chez moi. Aujourd'hui encore, je traîne souvent dehors. J'ai rarement envie de rentrer.
Après cette fugue, quand je suis rentrée, il n'y a que ma sœur qui m'a parlée. Je me souviens que beaucoup plus tard, après deux semaines environ, je t'en ai parlé. Je me souviens aussi que tu t'étais inquiété. J'avais trouvé cela si drôle. Et puis tu m'avais fait promettre de ne jamais recommencer. J'ai eu du mal à la tenir, cette promesse. Mais je l'ai tenue. Emma se moque toujours un peu de moi quand je lui dit qu'aujourd'hui encore je tiens les promesses que je t'ai faites. Enfin, peut-être pas tout à fait une. Mais celle-là, tu l'as probablement oubliée, alors ça ne compte pas.
Tu les a probablement toutes oubliées d'ailleurs.
Ce soir, je me suis souvenue du soir de la Saint-Valentin. Tu avais un tel sourire en voyant ce simple dessin que je t'offrais! Cela m'avait payé de mes peines à le faire. J'ai vraiment beaucoup aimé ton sourire. Tu souriais de toutes tes dents et c'était un sourire sincère, spontané et magnifique. Dis-moi, est-ce que tu souris encore comme cela?
Aujourd'hui, il a encore neigé. Moins qu'hier, mais tout de même. Les jardins sont fermés. Ils sont beaux, ces arbres, sous leur manteau de neige. Elles sont belles, ces plantes gelées. Il est beau, cet hiver qui dort. Il est un peu comme mon cœur. Il dorment tout les deux. C'est reposant, cette neige. Il était si doux, le silence de cette nuit de fugue. Je ne te connaissais pas encore beaucoup, mais je m'étais attachée. Aujourd'hui encore, je suis attachée.
Mais j'ai compris beaucoup de choses et je suis partie. Je t'ai laissé parce que tu me l'as demandé. J'ai eu du mal, mais j'y suis arrivée. Cela aussi, c'était une promesse que je t'ai faite. Partir quand tu le voudrais. Est-ce que tu sais pourquoi je suis rentrée chez moi après le soir où j'ai fugué? Dis, est-ce que tu sais pourquoi je suis rentrée chez moi le lendemain de ce soir de neige?
Je voulais revenir vers ce qui m'avait attaché.
Il s'est passé tellement de choses depuis. Tu t'es mis en colère, je me suis mise en colère. On s'est réconciliés une fois, deux fois. Pas trois. Aujourd'hui, il semblerait que tu me détestes. Il semblerait que je t'ai offensé, blessé.
Il faut bien le reconnaître, c'est vrai. Je n'ai jamais su m'y prendre avec les gens que j'aime. J'ai été vraiment envahissante.
Mais tu as vu? Maintenant, j'ai pris mes distances.
Ai-je oublié? Non. As-tu oublié? Non. Je garde les bons et les mauvais souvenirs de toi. Et toi, te souviens-tu? Ne gardes-tu que les mauvais? N'as-tu jamais repensé aux bons souvenirs? A ces moments où tu étais triste et que je te faisais rire. A ces nuits où tu travaillais pour l'université et où j'attendais que tu ais fini pour discuter. A ces moments où, parfois, tu m'aidais et où je t'aidais.
Dis, y repenses-tu parfois?
Je me souviens d'une de ces nuits où je t'avais attendu si longtemps que je m'étais endormie, trop fatiguée pour rester éveillée. Je me souviens que tu avais promis de me dire lorsque tu aurais fini, de ne pas m'oublier afin qu'on puisse se dire bonne nuit. La veille, tu étais parti sans dire au revoir. Cela m'avait fait un peu de peine. Mais ce soir là, tu n'avais pas oublié, au contraire. Tu m'as même probablement attendu un peu, quand tu m'as prévenu. Mais,je dormais, alors je ne pouvais pas te répondre. Et toi, voyant la fenêtre de conversation sans réponse, tu as juste laissé un "bonne nuit". Ce que tu n'as jamais su, c'est combien j'ai été heureuse en me réveillant et en voyant ce simple message. Oui, vraiment heureuse.
Dis, tu ne t'en souviens plus toi, n'est-ce pas?
Je me souviens aussi de ma joie, lorsque j'ai vu la photo que tu avais faite avec ma rose. Tu sais, celle qui ne fanera jamais. C'était pendant une période assez triste de ma vie, et cette photo m'avait fait sourire. Je me souviens aussi de l'article où tu racontais ta peur de vieillir. Cela aussi m'avait amusé. Tu ne voyais pas les évidences des choses. Alors je t'ai laissé un message anonyme en français, message que tu n'as jamais effacé d'ailleurs. Tu ne devais probablement pas savoir que c'était moi.
Je suis sûre que tu as souris en le lisant.
Alors, cela n'a pas d'importance que tu n'ai pas deviné qu'il était de moi. Dans ce message, je te disais que tant qu'il y aurait quelqu'un qui t'aimerait, tu ne vieillirais jamais. Je t'ai expliqué que les gens qui t'aimaient ne te verraient jamais vieillir. C'est vrai. Quand on aime quelqu'un, on ne voit pas le temps le marquer.
Dis, t'en souviens-tu?
Et souvent, je t'ai laissé des messages. Une fois, j'ai utilisé un nom d'emprunt. Je te disais mes opinions. On a parlé de lecture. Une fois, il y a eu plus de 13 commentaires sur un de tes articles. Tous constitués par les réponses et les questions qui ressortaient de nos discussions. Et puis, tu as probablement éventé la ruse puisque tu n'as plus répondu. Mais tu vois, j'ai su dire des choses intéressantes. Tu t'y es intéressé. Alors, je t'ai prouvé que tu avais tort, lorsque tu disais que je n'étais pas et n'avait pas une vie intéressante. Mais cela, le sais-tu seulement?
Un jour, tu as voulu me faire de la peine en faisant une expérience avec l'encre de mes lettres. Si tu savais. Tu n'y a jamais réussi. J'ai été très heureuse en lisant le récit sur ton blog car tout ce que tu prouvais, c'était que tu l'avais conservé pendant tout ce temps, cette lettre. Et ça, ça m'a rendue heureuse. Toi aussi, on dirait que la vengeance et la méchanceté ne te vont pas.
Tu t'es dit cruel. Mais sais-tu seulement à quel point tu ne l'étais qu'envers toi-même? Quel besoin avais-tu de me faire du chagrin? De détruire cette lettre?
Tu es tout seul à le savoir et, bien sur, ce n'est plus aujourd'hui que tu me le diras.
Je me souviens de ton acharnement à tenir la promesse de ne pas ouvrir ton cadeau d'anniversaire avant de recevoir la deuxième partie qui était partie un peu après l'autre. Cela aussi m'avait beaucoup plut et a fait que moi aussi, je les ai tenues, mes promesses. Cette obstination qu'il y avait chez toi à respecter tes promesses, l'as-tu encore aujourd'hui, ou bien es-tu devenu trop aveuglé et trop seul pour y accorder encore de l'importance?
Sais-tu qu'il n'y a qu'à toi seul à qui j'ai tenu toutes mes promesses sans exception? Probablement que non. Et si tu le savais, me le reprocherais-tu? Toi, la dernière promesse, tu as marché dessus. Tu avais promis de "ne pas ne plus me parler juste parce que je t'aimais". Tu as menti.
J'aimerais aussi savoir si, quand je t'ai demandé si j'étais importante pour toi et que tu as répondu oui, j'aimerais savoir si cela aussi était un mensonge.
Je ne te demande pas de comptes. Je te demande pas vraiment non plus de réponse.
Disons qu'il s'agit là d'un long monologue de souvenirs et de n'importe quoi. Un peu comme une longue lettre pour toi. Une longue lettre que bien sur je n'enverrai pas.
Tu te souviens de ce que tu m'as dit à propos de ton père et de ta mère? Tu te souviens que ce soir-là, nous avons parlé jusqu'à trois heures du matin? Tu te souviens de cette nuit où tu n'arrivais pas à dormir et où j'étais restée discuter avec toi sans te dire que j'étais fatiguée ou de parler du contrôle que j'avais le lendemain? Ce soir-là, on avait parlé des chansons que l'on chantait en primaire. "Papa tortue, maman tortue etc..." La chanson "Au Clair de la lune", et "une souris verte" aussi. Si je te le dit, vas-tu t'en souvenir? Les photos antiques que tu as faites et dont tu ne devais parler à personne mais que tu as fini par me raconter quand même, t'en souviens-tu?
Dis-moi, es-tu heureux que je sois partie? Si oui, tant mieux. J'aurais au moins réussi à faire quelque chose de bien après tout le mal que je t'ai fait. Les regardes-tu les étoiles? Penses-tu à elles parfois? Et les étoiles filantes, en as-tu déjà vu une? Crois-tu aux souhaits qui se réalisent? As-tu vraiment oublié tout bon souvenir de moi? Ne reste-t-il vraiment rien de récupérable?
Je me le demande. C'est étrange comme la neige et la nuit qui tombent peuvent rendre nostalgique. Dis, maintenant que tu ne me parles plus, j'ai le droit de les rompre, mes promesses? J'ai le droit de partir de chez moi quand je ne supporte plus l'ambiance qui y règne? Dis, j'ai le droit de me sauver tu crois?
Mais c'est stupide. J'écris bien évidemment dans le vide. Et tout le monde le sait bien, le vide, ça ne réponds rien. Crois-tu que si je les écrit, tous nos bons souvenirs, crois-tu que tu t'en souviendras? Crois-tu que tu me pardonneras sincèrement? Crois-tu que tu reviendras?
C'est bizarre. J'écris dans le vide et le vide sait lire. C'est juste qu'il ne répondra pas. Mais ça soulage tu vois. Ça soulage de tout écrire. Ça m'évite de pleurer, et mon cœur est moins lourd.
Ma prof de chant dit que quand elle me regarde, elle a l'impression de voir une petite fille. Yvan, son mari et mon ancien professeur de danse, dit que tout est spécial chez moi. Ma voix, mon écriture musicale, ma façon d'entendre les chansons différemment de Josette, mes dessins, mon caractère, ma façon de penser.
Je les aime beaucoup. Ils sont un peu comme mes parents de cœur. Ils sont souvent plus chaleureux que les vrais. Il faudrait que tu les connaisses tu sais. Tout ces gens que j'aime et qui ont un don pour rendre heureux. Si tu les connaissais, peut-être que tu perdrais ce quelque chose qu'il y a en toi de douloureux.
Et puis, il y a quelque chose que je voulais te dire, quand tu m'as demandé pourquoi je t'aimais. A ce moment-là, je n'ai pas donné de réponse. En tous cas, pas de réponse correcte qui exprima ma pensée. Alors, j'aimerais quand même te dire.
Il n'y a aucune raison particulière.
Je ne t'ai pas aimé pour quelque chose de précis ou pour une raison particulière. Je ne t'ai aimé que pour toi-même. Ce toi-même que tu dit que je ne connais pas et que je ne connaitrai jamais. Ce toi-même que je connais, ce toi-même que tu m'as raconté, ce toi-même qui m'as écouté, que j'ai écouté, ce toi-même avec qui je me suis disputé, ce toi-même qui m'a souris comme un enfant le jour de la Saint-Valentin. Ce toi-même que je n'ai jamais physiquement rencontré, mais ce toi-même que je n'ai pas pu m'empêcher d'aimer.
Qu'est-ce que j'en ai à faire que tu sois beau? Des gens beaux, il y en a partout. Des gens tristes aussi. Je t'aimerai soi-disant parce que tu es gentil? T'es-tu trouvé gentil avec moi pendant ces six derniers mois? Je ne crois pas. Tu as plutôt été odieux. Seulement, tu n'as jamais révélé tous les secrets que je t'ai raconté. Tu as été odieux. Et pourtant. Même maintenant. J'ai encore ces trois mots pour toi dans mon cœur.
Et tu peux bien crier, hurler, injurier autant que tu veux. Ils ne partiront pas. Tu peux bien me raconter au monde entier. Tu peux bien taper du pied par terre ou m'ignorer. Qu'est-ce que cela peut faire? J'ai réussi à me faire plus grande que toi. Je t'aime sans toi.
Je t'aime même si tu n'es plus là.
Histoire publiée le 19/12/2009 à 19h42.
Thèmes : Amour, Nostalgie, Souvenirs
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Par andrea1 le 22/12/2009 à 21h28
Jusqu'à hier.
Je remercie Kira d'avoir exprimer l'opinion générale :P (ou du moins, la mienne aussi).
Ton texte est sublime, et fait découvrir la personne sublime qui l'a écrit...
Par gothique-jess le 20/12/2009 à 20h57
L'amour c'est comme un rêve,ça ne fait que grandir
Magnifique Histoire..J'adore 5*
Par andrea1 le 20/12/2009 à 17h49
Jusqu'à hier.
Magnifique, terriblement magnifique... c'est tellement touchant...
Par bast52 le 20/12/2009 à 08h33
C'est du Gucci, c'est du goût de chiotte
j'adore
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