Little girl you're not better
Mr. Dubois est un homme.
Il a été bébé, enfant, adolescent. Maintenant, c'est un homme.
Un homme comme beaucoup d'autres, à première vue. Petit, brun, transparent. Son seul trait particulier est qu'il n'a jamais su se satisfaire de la réalité, de sa vie fade et sans surprises.
Mr. Dubois est alcoolique.
Mme Dubois, elle, n'est pas comme les autres. Elle rase les murs en marchant, porte des manches longues même en été, tombe très souvent dans les escaliers. Du moins est-ce la version qu'elle donne lorsqu'elle se rend à l'hôpital.
Les Dubois sont nos voisins. Je les croise parfois dans la rue. Je n'aime pas l'homme, avec son haleine atroce et son attitude possessive envers sa femme. Elle se soumet, ne dit rien, mais la peur luit dans ses yeux.
Lui, c'est un violent. Il frappe à coups de pied, de poing, de ceinturon. Tout est bon.
On dit cela sans y penser, sans s'en préoccuper. On ne prend pas de risques, que voulez-vous, ma bonne dame, chacun ses mystères, ce ne sont pas nos affaires.
L'hiver, lorsque chacun se terre chez soi, que les rêves s'enfouissent et la vie se recroqueville, l'illusion peut grandir.
Mais l'été, tout est ouvert, on aère. On vit chez les autres, dans leur lit. On entend les cris, qu'ils soient de plaisir ou de haine.
L'été, tout le quartier profite des Dubois.
Il frappe, elle hurle, il frappe, elle pleure, il frappe, elle supplie, il frappe. Elle, on ne l'entend plus.
Et ça dure, ça recommence, tous les étés.
Elle est morte ce matin.
Les voisins sont en émoi, les mots volent de bouche en bouche.
Ils racontent la scène, Mme Dubois qui sort de chez elle, vacille, titube, s'écroule. Pommettes enfoncées, côtes cassées. Ils s'interrogent. Ils s'étonnent qu'on puisse tuer une femme à coups de poing.
Mr Dubois s'est barricadé chez lui. Il n'est pas totalement fou, et encore assez sobre pour savoir qu'il sera condamné pour ses actes.
La police arrive. Un homme en uniforme lui ordonne de se rendre. Il refuse, crache depuis la fenêtre. Les policiers enfoncent la porte, l'attrapent, lui passent des menottes. Ils sont obligés de le traîner derrière eux.
Dubois hurle, pleure. Son regard est atroce. Un mélange de terreur, de folie et de vide.
Maman me dit de rentrer, ce n'est pas un spectacle pour moi.
C'en est apparemment un pour les autres. Tout le monde est dans la rue. Un homme s'avance soudain et frappe Dubois, en plein visage. Comme s'il avait déclenché un signal, la foule se rue sur lui. Les policiers font ce qu'ils peuvent pour empêcher un massacre. Ils peuvent peu.
Le fourgon finit par s'éloigner. Une femme a le sourire aux lèvres, comme si le mérite de l'arrestation lui revenait. On se félicite d'avoir intercepté cet individu avant qu'il ne commette d'autres horreurs.
Soudain je vois ces gens, je les vois et je les entends. Leur lâcheté me fait peur. Ils n'ont jamais rien fait pour aider Mme Dubois. Elle était morte bien avant que son mari ne l'achève. Morte de solitude et de silence.
Ils ont condamné cette femme en détournant les yeux.
Je ne vaux pas mieux.
Je ne vaux pas mieux que ces gens qui jugent et condamnent celui qui, à leurs yeux, est le seul coupable.
Je ne vaux pas mieux mais moi, je sais qu'il y en a plusieurs.
Histoire publiée le 13/06/2011 à 19h29.
Thèmes : Battre, Juger, Lacheté, Mort, Peur
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Par dead-rose le 22/06/2011 à 15h47
J'aime beaucoup, franchement.
Je ne sais pas quoi dire à part ça...
Continue comme ça, tu as une bonne plume... Une plume trempée dans la haine pour crier la réalité du monde...
Par gameover le 22/06/2011 à 14h38
Merci.
Par danse-et-eprouvette le 15/06/2011 à 16h09
Foutu temps qui passe.
C'est triste, c'est beau, et c'est vrai ...
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