LM ~ la viloniste de la tempête (part 2)
Le trajet fut long et houleux, notre endurance fut mise à rude épreuve pendant plus d'une heure, la fatigue commençait à se faire ressentir mais nous commencions à prendre le rythme et le travail se faisait moins dur, de toutes façons on ne pouvait pas se relâcher ne serait-ce qu'une seconde, la mer nous prendrait aussi sec. Les récifs étaient en vue, un amas de roches coupantes comme des rasoirs où bon nombre de marins avaient payé de leur vie, j'espérais juste que cette « balade touristique » valait les 3000 pièces qu'avait payé cet homme qui restait le regard fixé vers son objectif. C'est alors que quelque chose vint me titiller les oreilles, à travers le boucan que faisait le vent, la pluie, le tonnerre et la mer, je crus percevoir une mélodie, je pensais que ce n'était que le fruit de mon imagination mais la mélodie se fit plus forte, mes compagnons l'entendirent aussi, une musique lancinante, plutôt jolie à écouter mais qui me fit frissonner jusqu'au plus profond de mon être. Un air de violon si doux qu'il aurait pus envoûter le plus froid des cœurs de glace mais qui précédait la mort dans un tissu de velours venant le leur arracher afin de les rendre prisonniers de cet air lui-même.
L'homme se redressa, sa cape et ses cheveux volant frénétiquement, cherchant du regard le cœur de cette mélodie morbide, au sein même des récifs. Tous s'arrêtèrent, même le capitaine, portant leur regard au plus loin, guidé par le son du violon de la mort qui venait faucher leurs âmes. Telle une sirène chantant afin de noyer tout homme l'entendrait la musique s'intensifia, jouant au rythme des vagues, dans une fureur endiablée, tel un concerto approchant d'une fin de concert dramatique. Nous, comme de simples marionnettes, nous continuions d'avancer vers cette horreur fantomatique, certains commencèrent à paniquer, les autres ne voulaient pas y croire, après tout ce n'était qu'une simple légende de pêcheurs, elle ne pouvait pas exister.
C'est alors que je la vis, se tenant sur un rocher, sa robe déchirée dansant follement dans le vent, jouant de son violon comme une frénétique, la violoniste de la tempête!
Grand père m'avait déjà parlé d'elle, jeune femme trompée par celui qu'elle aimait, un marin tombé amoureux de l'océan, ce même océan qui la tua lors d'une tempête. Depuis, chaque fois que la mer se déchaîne elle revenait pour faire sombrer tous les marins qu'elle croisait espérant se venger un jour de cet homme qui lui avait brisé le cœur. On disait qu'elle portait une simple robe déchirée par les récifs qui recueillirent son corps meurtri, ses yeux pleuraient des larmes de sang emplies de haine pour les hommes, elle jouait de son violon un requiem pour ceux qui l'approchaient. On disait que si tu entendais sa mélodie il fallait fuir au plus vite, si tu la voyais alors tu ne rentrerais plus jamais au port, la mer t'avalerait à jamais et ton âme serait prisonnière de son violon maudit.
La légende disait vrai, je la voyais de mes yeux, nous allions tous mourir de ses mains. Nous nous sommes tous mis à hurler sur le bateau, nous étions tous ou presque pris d'une peur instinctive devant la mort qui se profilait à l'horizon. Le capitaine beugla un repli que tous approuvèrent, tous sauf un, l'homme en noir qui hurla le contraire. Le capitaine lui répondit qu'il était hors de question de continuer et confirma son ordre. L'homme le remercia de cette traversée et sauta à l'eau, au grand étonnement de tous. Deux d'entre nous voulaient le récupérer, moi non, qu'il aille au diable avec ses fantaisies, il voulait la voir mais personne ne pensait qu'il était sincère, maintenant qu'on était devant le mur on s'en voulait tous d'avoir accepté son funeste caprice.
- Il veut voir une légende !
C'est ce que nous avait dit le capitaine la veille du départ. Il nous avait expliqué la légende mais personne n'y croyait, on s'attendait juste à rencontrer un hurluberlu qui croyait à tout et n'importe quoi, il semblait qu'il s'y connaissait plus que prévu. Le capitaine nous avait prévenu qu'il était bizarre, il le trouvait « différent » sans pour autant pouvoir se l'expliquer.
Au matin, on comprit ce qu'il disait, il dégageait quelque chose de mystérieux, j'avais déjà vu des types louches mais lui ne ressemblait à personne d'autre, tout en lui inspirait quelque chose d'au delà de notre compréhension. Ce n'était pas facile à cerner. Cependant, il n'était pas très désagréable, il ne parlait pas et semblait nous ignorer mais il se fit assez petit pour ne déranger personne, il aida même JC, Jean-Christophe, à se relever bien avant d'arriver dans la tempête. Malgré tout, il m'était impossible de savoir ce qui lui passait par la tête.
Je le regardais s'éloigner dans les vagues en furie, je le prenais pour un fou furieux, qu'avait il à faire avec elle ? Avec ce fantôme ? Je n'entendis pas l'ordre du capitaine sur le coup, j'étais si absorbé par l'acte suicidaire de ce mystérieux bonhomme que je ne vis pas la vague passer par-dessus bord. « Désobéissez à mes ordres et c'est la mort assurée ! » disait le capitaine, je le compris bien tard. Je lâchai prise et ma corde de soutien céda sous la force de l'eau, m'écrasant le bas du ventre au passage. La mer m'emporta loin du bateau en un instant, je le vis s'éloigner de plus en plus, sans pouvoir rien faire. Je me débattais comme un diable juste pour garder la tête hors de l'eau. Soudain, quelque chose me déchira la jambe, la douleur me fit hurler plus fort que la tempête, j'entendais la musique du violon se rapprocher dans mon dos. Une vague me submergea, me faisant boire la tasse. J'essayais de garder les yeux ouverts afin de me diriger autant que possible mais ma vue se troubla, je compris bien vite que je perdais beaucoup de sang, bien que je n'arrivais pas à voir ma jambe dans cette eau aussi noire que de l'encre. C'est alors que je vis quelque chose au fond de l'eau, une sorte d'ombre, gigantesque, c'était trop rapide pour le définir mais je vis un œil, là où la mer était la plus sombre, un œil énorme, rouge sang, qui me fixait dans les profondeurs. La peur me tirailla jusqu'au plus profond de mon âme. Voila le vrai visage de la mort qui se profilait derrière la mélodie de violon que je n'entendais plus désormais. L'oeil sembla se rapprocher et je perdis connaissance.
Histoire publiée le 28/08/2009 à 13h15.
Thèmes : Fantastique, Légende, Mer
|
| Ajouter aux favoris |
Envoyer à un ami |
Moyenne (1 vote) ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |



Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à en rédiger un !
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !