LM ~ la violoniste de la tempête (part 3)
Un choc violent dans mon dos me réveilla, je repris connaissance sur un récif, à l'air libre. J'avais la tête embrumée, j'étais semi conscient, mon corps grimpa seul sur le rocher, j'étais sourd et aveugle sur le coup, j'entendais juste le son de ma respiration saccadée, mes pensées étaient brouillées, je tremblais de partout, je tentais de regagner mon calme. Ma vue revint, ainsi que mon ouïe. J'entendis à nouveau la mélodie de violon, elle était si proche désormais, trop proche. Je levai les yeux et je la vis, debout juste devant moi, ses yeux fermés laissant couler un flot de larmes de sang, continuant de jouer inlassablement. Étrangement, je ne pris pas peur, ma tête était encore dans les vapes, en fait, je ressentis beaucoup de tristesse en l'entendant jouer ainsi. L'envie de m'enfuir n'était plus, la seule envie que j'avais en cet instant était de pleurer, de la prendre dans mes bras, peut être était-ce un envoûtement, cela m'importait peu sur le coup. Je me surpris alors à lui demander « Pourquoi êtes vous si triste ? ».
Un nouvel éclair illumina le visage de la femme qui était d'une grande beauté, ses yeux étaient à présent ouverts, elle me fixait. Elle arrêta de jouer, baissant son violon par la même occasion. Elle se pencha vers moi et tendit une main vers ma joue qu'elle caressa tendrement. Elle m'offrit un sourire empli d'amour et de tristesse puis elle se redressa en se remettant à jouer. C'est à ce moment que l'homme en noir réapparut, sortant de la mer agitée comme si de rien n'était. Il s'approcha dans le dos de la violoniste et la pris dans ses bras, lui murmurant quelque chose à l'oreille. Je regardais la scène bouche bée, la violoniste se mit à hurler, un cri déchirant emplit la tempête qui sembla se figer un instant. Le fantôme s'effondra alors à genoux, le visage dans ses mains, pleurant une rivière de sang. Je me rapprochais sans peur, instinctivement, je m'agenouillais devant elle sous les yeux interrogateurs de l'homme mystérieux, je lui pris les mains et les ôta de son visage ruisselant, macabre mais si joli, je compris alors ce qu'elle ressentait, une peine immense venant de la perte d'un être cher. Je lui offris un sourire à mon tour et lui dit : « Je le retrouverait, je vous en fait la promesse, alors partez en paix, cessez de vous torturer, je continuerai votre tâche pour que vous soyez de nouveau réunis, je vous le promets sur ma vie. »
Ses larmes de sang disparurent, laissant place à de véritables larmes humaines, elle me prit soudain dans ses bras en me chuchotant à l'oreille. Puis je me suis évanoui.
Je rêvais une dernière fois, un rêve que j'avais fait pendant deux nuits d'affilée, je voyais un homme et une femme, amoureux, ils étaient sur un luxueux bateau, ils étaient mariés, ils portaient tous deux une bague au doigt. Ils semblaient si heureux, ils semblaient si proches, rien ne pouvait les séparer à les voir comme ça. Une autre femme était auprès de l'homme, ce dernier se mit à la suivre laissant sa femme seule sur un rocher, l'homme emporta les deux bagues tandis que la femme garda le violon. Ce rêve, je pensais qu'il n'était pas important, c'était l'histoire de la femme au violon en pleine tempête
Lorsque je repris conscience le soleil brillait faiblement à l'ouest, j'étais toujours sur le rocher, je remarquai que ma jambe était pansée. Je tentai de me relever mais une main m'obligea à rester couché. Je lançais un regard par-dessus mon épaule et vis l'homme en noir. Puis je me mis à regarder à droite à gauche lorsque je vis Kaval, un autre de mes compagnons, qui cria sa joie de me voir vivant. Je le regardai sauter à l'eau pour aller avertir les autres, je vis à côté l'Espadon, embroché sur les rochers. Mon regard exprima sans doute ma crainte d'avoir perdu mes amis car l'homme en noir me parla aussitôt du sort de l'équipage.
- Ils sont tous sains et saufs, petit, grâce à toi.
Je ne compris rien du tout sur l'instant, je me mis à le fixer comme un ahuri. C'est alors qu'il se mit à discuter avec moi, lui qui ne parlait jamais était devenu très bavard.
- Tu as sauvé Sévilly. Je crois te devoir une ou deux explications. Tout d'abord, je tiens à m'excuser de vous avoir fait prendre tous ces risques. Le fantôme que tu as vu s'appelait Sévilly, c'était une âme errante à la recherche de son bien aimé perdu en mer. Je suppose que tu repenses à cette légende sur la violoniste de la tempête, elle est fausse, elle n'a jamais voulu tuer quelqu'un, elle se manifeste lors des tempêtes, c'est la violence des éléments qui tue les marins et quand on entre dans ce genre de phénomène naturel on n'a peu de chance de rentrer au port. Je vais te raconter son histoire. Elle venait de se marier avec celui qu'elle aimait par-dessus tout et avait entamé une lune de miel à bord d'un luxueux navire mais ce dernier tomba dans une tempête d'une violence incroyable. Le bateau se heurta à quelque chose et sombra. L'homme fut recueilli sur la berge par une femme de pêcheur. Il fut soigné physiquement mais son coeur fut brisé car celle qu'il aimait avait disparu. Il retrouva sa bague sur la plage, ce fut la seule chose qui lui restait d'elle, son corps n'ayant jamais été retrouvé. Il l'attendit pendant une année entière puis il partit. Ce n'est qu'après que la légende prit forme. Un marin trouva le corps d'une femme, ou plutôt son squelette avec une robe, sur le récif sur lequel tu te trouves en ce moment même. Ce n'est qu'après, à chaque fois qu'une tempête survenait qu'elle réapparaissait, pleurant des larmes de sang, triste de ne pas retrouver son mari, jouant la musique de leur mariage pour qu'il la reconnaisse, le problème c'est qu'il n'est plus là désormais, sa musique ne pouvait pas l'atteindre. Voila qui était vraiment la violoniste de la tempête.
Je compris alors ce que voulait dire mon rêve, ce que j'avais ressenti en la voyant de près, j'avais vu la vérité derrière la légende. C'était étrange mais je me sentais bien, j'étais heureux de la savoir en paix. Je me relevai pour m'asseoir, la douleur dans ma jambe me rappela à l'ordre, je me souvins soudain de cet oeil sous l'eau, je lui demandai ce qu'il savait à ce sujet mais il me répondit simplement que j'avais sans doute rêvé, ma jambe s'était faite entailler par un récif. Cependant j'avais la nette impression qu'il ne disait pas tout au sujet de l'oeil. Il m'aida à me relever, je vis une embarcation naviguer vers nous, c'était le canot de sauvetage avec à son bord le capitaine et le reste de l'équipage. L'homme m'incita à le regarder avant leur débarquement.
- Tiens, je te le donne, c'était son violon, tu lui as fait la promesse de retrouver celui qu'elle aimait, je pense que ça te sera utile.
Je regardai ce vieux violon dont la mélodie m'avait fait si peur en arrivant. Je le pris volontiers, acceptant de ce fait la promesse faites à cette femme.
- Merci beaucoup…
- Lyav, je m'appelle Lyav.
- Moi c'est Jym. Mais j'aimerais savoir ce que vous êtes.
- Je suis un gardien de l'au-delà, j'aide ceux qui n'arrivent pas à trouver la paix. Je pense que tu ferais un excellent gardien d'ailleurs. Au fait, que t'as dit Sévilly avant de disparaître.
- Merci, petit pêcheur.
Un sourire vint garnir le visage impassible de Lyav pour la première fois. L'équipage accosta enfin sur le récif, j'embarquai après de chaleureuses poignées de main, j'étais heureux de partir enfin vers la côte en compagnie de tous mes amis.
Histoire publiée le 28/08/2009 à 16h16.
Thèmes : Fantastique, Légende, Mer
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Par judemaners le 09/01/2010 à 12h16
je pense la refaire cette histoire en fin de compte, je ne la trouve pas réussi.
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