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Métropolitain - Ligne 3

NB : Suite et fin de Métropolitain, à lire après les chapitres Ligne 1 et Ligne 2.

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Ah putain de Lydia ! Elle fait chier celle-là à papoter toujours au dernier moment ! Et voila, et je me tape encore la honte à courir comme une conne dans les escalators et dans les couloirs de la station de métro. J'arrive sur le quai toute haletante. Et les portes qui se ferment devant mon nez ! « Oh Julie je sais plus quoi faire avec Momo, je l'aime trop, mais j'ai beau me faire remarquer il s'en fiche de moi, je suis trop triste, dis-moi qu'est-ce que je peux faire Julie ? » Mon cul qu'elle l'aime, elle veut juste se le taper parce qu'il est canon oui ! Et voila, j'ai encore loupé mon métro à cause de ses niaiseries. Bon, c'est que trois minutes, mais trois minutes par ci, trois minutes par là, ça fait toujours du temps de perdu. Et j'ai pas que ça à faire moi. Encore toute une tartine de cours à bosser, avec les partiels qui approchent. Et puis ma conne de sœur qui va brailler comme d'habitude parce que mes parents vont pas vouloir qu'elle sorte jusqu'à minuit passé, surtout avec ses fringues de pute. Et du coup j'arriverais pas à me concentrer. J'en ai honte, de ma sœur. Elle s'habille comme une pute alors qu'elle a à peine quinze ans. Jean taille très basse, string qui dépasse, petit haut très moulant et très petit, à son âge j'aurais jamais osé m'habiller comme ça. D'ailleurs je ne comprends pas que papa et maman la laisse acheter ça. Surtout si c'est pour lui interdire de sortir avec quelques jours plus tard…

Voila le métro. Tout de même. C'est pas que je commençais à me faire chier à moisir sur le banc devant les rails, mais presque quand même. Ça va, il y a pas grand monde, je peux m'asseoir. Il faut dire que c'est à peine la deuxième station de la ligne ici. Quelle idée j'ai eu de me lancer dans cette « licence d'arts, lettres et langues mention humanité »… Humanité, ça m'a inspiré. L'humanité, c'est moi, c'est les autres, c'est nous. Et puis moi qui voulais faire dans l'humanitaire, l'humanité ça me semblait essentiel. J'aurais dû mieux regarder la plaquette… Parce que c'est pas avec la philo, l'histoire et l'anglais que je vais aller aider des gens moi. Sauf peut-être des détraqués du cerveau, et encore, je vais finir atteinte moi aussi avec ces conneries. Et puis la fac de Nanterre, ça faisait bien Nanterre. Ça me rappelait mai 68, c'était bien dans mon esprit tout ça. Ce que j'avais moins calculé, c'était le RER et les 2 métros pour rentrer au bercail tous les soirs.

Et aller, un groupe de collégiens qui monte dans mon métro. Il ne manquait plus que ça. Et ça piaille, et ça glousse comme des filles, et ça se moque des autres quand ils ne sont pas là. Je crois que je n'ai jamais été comme ça. Je veux dire, si désagréable. Ça parle fort, ça écoute la musique sur le portable et ça en fait profiter toute la rame. De la merde en plus. Faut dire qu'à cet âge là, on n'écoute pas souvent mieux. Et ça commente le dernier sketch sexiste de je sais pas qui. Et ça essaye de l'imiter, pitoyable. Je devrais le filmer avec mon téléphone et l'envoyer à Lydia, ça va la faire rire. Je ne supporte pas les jeunes.

On arrive à une nouvelle station. Je me dépêche de sortir et de rentrer dans le wagon de derrière. Bien sûr, j'ai eu des périodes de méchanceté. Avec Lydia par exemple. Mais ce n'est pas pareil que cette bande de petits cons. Parce que Lydia c'est quand même ma meilleure amie. On se gueule toujours dessus, et puis on rit. D'ailleurs, je m'en veux pour ce que j'ai pensé tout à l'heure. C'était sur le coup, quand j'ai vu partir le métro devant moi. Mais je sais que ça lui fait du bien de me parler, et ça ne me dérange pas de l'écouter. Depuis quelque temps, ce n'est plus la même. Son père s'est suicidé il y a presque deux ans. Elle a été très choquée, ça se comprend. Moi aussi d'ailleurs. Je connaissais bien le père de Lydia, il faut dire qu'elle et moi nous nous connaissons depuis la maternelle. Lorsque nous avons appris sa mort, nous avons eu des réactions différentes. Je me suis réfugiée dans le mutisme et la méditation. Je m'exprimais à travers l'art, des poèmes, des dessins, ce genre de choses. Elle, au contraire, avait besoin de parler pour évacuer sa souffrance.

Tiens, un type téléphone dans la station, je pensais que ça ne captait pas dans le métro. Pour en revenir à Lydia, je n'ai pas su être assez proche d'elle au début, j'étais trop perturbée. Elle a trouvé de l'aide chez des professionnels de la santé. Mais maintenant c'est déjà plus loin pour moi, et elle sait qu'elle peut me parler autant qu'elle veut. Je suis toujours là pour l'écouter, et pour l'aider comme je peux. Même elle commence à aller mieux. C'est bien, je suis contente pour elle. Elle ne mérite pas de souffrir tant. Tout à l'heure, elle me parlait de faire une commémoration pour les deux ans de sa disparition. Je sens que pour elle, c'est comme une sortie de deuil. Après cette cérémonie, elle sera libérée d'un poids. Après deux ans elle a beaucoup changé, et elle a repris le dessus. Mais il lui manque une étape finale, qui trace définitivement un trait sur cette période, c'est pour ça qu'elle veut organiser cette commémoration. Elle me demandait des conseils sur les personnes à inviter et sur le repas. Elle n'avait aucune idée sur ce qu'elle pouvait faire. Je lui ai conseillé un buffet froid, c'est le plus simple. D'ailleurs, c'est ce que nous avions fait à la maison pour fêter mes dix-huit ans, l'année dernière.

Et vas-y que je t'embrasse… Elle devrait s'essuyer, elle a un peu de bave qui dégouline. Mes dix-huit ans, je disais. Je les attendais depuis une éternité, depuis… dix-huit ans au moins. J'étais contente, j'allais enfin pouvoir être libre, être complètement indépendante vis-à-vis de mes parents. Depuis j'ai appris qu'on ne peut pas être indépendant lorsqu'on vit chez ses parents, même une fois la majorité atteinte. Il y a les mêmes « tu vas où », les mêmes « avec qui », les mêmes « rentre pas trop tard », les mêmes « range ta chambre » et autres « aide ta mère au lieu de rester là vautrée dans ton fauteuil à t'abrutir devant ce feuilleton à-la-con en te goiffrant de bonbons ». La même petite sœur chiante qui utilise tous mes produits et voudrait bien me piquer mes fringues. Plus trop maintenant, elle préfère ses habits de pétasse. En fait, rien n'a changé dans ma vie. Je me suis inscrite à des cours de conduite, c'est la seule nouveauté. Et je suis responsable pénalement, cool.

Et aller, la cohue, comme d'habitude. Toujours un monde incroyable ici. Et vas-y que je te pousse, et vas-y que je te laisse pas descendre, les gens sont vraiment indisciplinés. Rien à voir avec le Japon, et les gens en file qui attendent en silence l'arrivée du métro. Je suis obligée de me lever pour avoir un peu d'air. De l'air moite et qui pue la transpiration. De toute façon ici c'est simple : l'hiver on se gèle et ça pue, et l'été on crève de chaud et ça pue. Quel trajet de merde. Et il me reste encore quatre années à faire ça, tous les jours. Ou sinon, il faudrait que je loge sur place. Mes parents ne voudront jamais me louer un studio, c'est beaucoup trop cher, et de toute façon ils vont dire que c'est inutile parce qu'on habite pas loin de la fac. Il faudrait que je bosse pour me le payer. Mais si je bosse, quand est-ce que j'étudie ?

Je ne comprendrais jamais pourquoi il y a toujours plein de monde à une station, et personne à la suivante. A part de temps en temps une mémé, ou une mère de famille avec ses sales gosses. Je devrais peut-être prendre une colocation avec Lydia, ça serait moins cher. Et puis comme on s'entend bien toutes les deux, ça devrait être sympa. Mais je ne suis pas sure qu'elle veuille partir de chez elle. Elle ne va pas laisser sa mère toute seule, cette pauvre femme. Tiens, tant que j'y pense, il faut que je note qu'il faut que je lui rappelle d'acheter des gobelets en plastique pour son repas, pour éviter de courir au magasin en bas comme on avait fait pour mes dix-huit ans. Je vais noter ça dans mon portable, pour pas l'oublier. Ah, c'est toujours pareil. Pas dans la poche du blouson, pas dans le sac à main, pas dans la poche du jean… Ah si.

Ah mince, je descends. C'est malin, maintenant que j'ai mon portable à la main. Toujours aussi monotones ces couloirs. J'essaye de me dépêcher, je slalome entre les gens. J'ai horreur des gens qui traînent. Quelle perte de temps ! Ah bah tiens, Jérémy le petit dealer du quartier s'est fait prendre. Fallait bien que ça lui arrive un jour ou l'autre, je l'avais prévenu. Les gens m'empêchent de les dépasser sur le tapis roulant. Et il faut encore avancer dans les couloirs. Je passe ici tous les jours, et tous les jours je regarde les panneaux qui indiquent la ligne que je dois prendre. J'ai un mauvais sens de l'orientation, et sous terre c'est pire. Je ne retrouve jamais mon chemin dans ce dédale, je suis toujours obligée de chercher les panneaux pour ne pas me tromper de ligne. Une fois arrivée en haut de l'escalier, j'entends un métro qui arrive. On ne me la fera pas deux fois ! Je dévale les escaliers sans prendre le temps de passer par l'escalator, je vais plus vite comme ça. Ouf ! J'arrive à me faufiler dans le wagon juste avant que les portes se referment. Pauvre Jérémy, la vie ne l'aura pas gâté. Sa mère est femme de ménage, elle gagne trois fois rien. Son père les a quitté alors qu'il n'avait même pas deux ans. Il voulait aider sa pauvre mère. Je lui avais conseillé de trouver un boulot honnête, en cherchant il aurait trouvé. Mais il voulait un travail rapidement, et il a vite compris que son commerce rapporterait plus. Pauvre femme, toujours prête à aider les autres, une femme exemplaire. Elle ne s'en remettra pas. J'irais la voir un jour.

Ah il fait chier cet accordéoniste ! Toujours dans cette station, et qu'est-ce qu'il joue mal ! Avec ses vieux machins là, c'est vraiment soûlant à la fin. Dix secondes d'arrêt, parfois, c'est long… J'ai franchement pas envie de rentrer chez moi. Ma sœur qui va brailler, mes parents qui vont gueuler, quelle ambiance… Je préfèrerais avoir mon petit chez moi, et pouvoir y faire ce que je veux. Bosser dans le calme, être seule quand j'en ai besoin, pouvoir inviter des amis facilement, sortir et rentrer quand je veux. Et le plus important, avoir ma petite déco perso pour me sentir bien. Leur tapisserie ringarde dans le salon, elle commence vraiment à m'énerver. Toujours la même horreur depuis que je suis née. C'est à se demander si elle n'est pas d'origine. L'immeuble a quarante ans… Je verrais bien un papier peint violet, ou rosé, assez pâle, avec des meubles noirs. Et beaucoup de tableaux, des peintures impressionnistes. Je mettrais un lit en mezzanine, pour gagner de la place. Un canapé sous le lit, la télé en face. Avec le bureau dans un coin, quelques cadres avec des photos de gens que j'aime entassés dans le coin. Et puis un bout de cuisine, avec un bar pour la séparer du reste de la pièce, et où je pourrais manger.

Et tiens, pourquoi pas des photos à la place des tableaux ? Enfin, pas des photos de stations de métro quand même. Faut être un peu dérangé pour faire ça. Quoique c'est vrai que cette station est belle. Non finalement, des photos de bâtiments c'est bien aussi. En grand, ça peut faire de belles perspectives et agrandir la pièce. Aller, je me remets à rêver moi. Je m'imagine faire la déco de mon studio. Mais je ne suis pas prête d'avoir quelque chose, c'est sûr. J'en ai pas fini de voir l'eau couler sous le métro deux fois par jour. Marre de marre, et même plus que ça. J'ai franchement envie de ne pas rentrer à la maison ce soir. Tout m'énerve là-bas, et à même pas trois semaines des partiels c'est vraiment pas le moment. J'ai besoin de pouvoir bosser moi, et dans le calme. Il me faut des conditions idéales, sinon ça va pas aller du tout. Alors avec Super Sister qui braille et les deux vieux cons qui se gueulent dessus et qui nous gueulent dessus, ça va vraiment pas aller.

Ce soir, je ne rentre pas à la maison. En sortant du métro j'envoie un texto à Lydia, je lui dis que je dois la voir, que je ne peux pas rentrer à la maison, elle comprendra. C'est ça qui est bien avec Lydia, on peut toujours compter l'une sur l'autre quand on en a besoin. Je sais qu'elle m'hébergera pour la nuit si il faut. Je connais bien sa mère, quand nous étions petites nous passions beaucoup de temps l'une chez l'autre. Je continue régulièrement à aller les voir, ça leur fait de la compagnie et ça les distrait, depuis ça elles en ont bien besoin. Comme Lydia est fille unique, l'appartement est bien souvent très calme. Je me sens bien chez Lydia, mieux que chez moi. Je peux parler librement, je me sens écoutée. Ce n'est pas comme mes parents qui sont toujours occupés et ne s'occupent pas de moi. Ils prennent bien trop de temps à s'engueuler, à crier contre ma sœur qui ne rate pas une occasion pour se faire remarquer, et parfois à casser de la vaisselle. Je suis sûrement trop calme, trop discrète, parfois je me demande même s'ils savent que je suis là. Il faudrait quand même

Eh mais c'est Momo ! Mais qu'est-ce qu'il fout ? Me dis pas que… Non j'y crois pas, c'est pas possible, c'est pas lui ! Non, ce n'est pas possible, je n'ai pas vu Momo embrasser ce mec. Ce n'était pas Momo. Ou sinon, c'était une fille. Oui, c'est ça, Momo a une copine. … Quand même, mes yeux n'ont pas pu me tromper autant. C'était bien Momo que j'ai vu, et ce gars qui l'embrassait, ce n'était pas une fille. … J'y crois pas. Momo homosexuel ! Quand je vais dire ça à Lydia, la pauvre ! Au moins, elle pourra se consoler en se disant que ce n'est pas de sa faute à elle si elle laissait Momo indifférent. Après tout, c'est vrai que je ne l'ai jamais vu avec une fille. Mais quand même, il nous l'avait jamais dit. Enfin, je ne sais pas, ça se voit quand même ce genre de chose. Il n'est pourtant pas maniéré, il s'habille classique, il doit se tromper, c'est pas possible. A tous les coups, c'est ce mec qui l'aura entraîné. Pauvre Momo. … Non. Momo n'est pas con, et il est têtu, il ne fait que ce qui lui plait. S'il n'aimait pas ce type il ne l'aurait jamais laissé l'embrasser. Après tout, peut-être que Momo est gay.

Eh ben, quelle journée ! Un bon bouquin, voila ce qu'il me faudrait. Comme cette nana, là. Quand même, lire dans le métro, je crois pas que je pourrais. On est pas à l'aise, mal installé, trop de monde, pas très clair, ça bouge, ça doit pas être évident. Je suis sure que je pourrais faire un bon bouquin moi aussi. Rien qu'une autobiographie, ça serait suffisant. Raconter mes peines, mes surprises et mes instants de bonheur. Mais à quoi bon, qui est-ce que ça pourrait intéresser ? Lydia peut-être, c'est tout. Eh mais je suis conne ! J'avais oublié que ça capte ici, y avait l'autre mec qui téléphonait tout à l'heure. Moi qui voulais attendre d'être dehors pour envoyer un texto à Lydia, je le fais maintenant. Pas dans la poche du blouson, pas dans le sac à main, pas dans la poche du jean… Ah si. Ah mince, je descends. C'est malin, maintenant que j'ai mon portable à la main. Bon, tant pis, je m'installe sur le banc de la station et je tapote. « Faut vraiment que je te vois ce soir j'ai des choses à te dire. J'aimerais passer la nuit chez toi, répond vite. N'oublie pas les gobelets en plastique. Bisous » Qu'est-ce que je vais pouvoir faire en l'attendant. Je vais aller réviser au parc, c'est calme, et la verdure me détendra. Un peu de verdure dans la ville grise, ça fait toujours du bien. Un peu de répit dans toute cette agitation urbaine.

Histoire publiée le 14/08/2008 à 18h00.
Thèmes : Gens, Metro, Quotidien, Routine, Ville, Voyage

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Commentaires

Avatar de andrea1

Par andrea1 le 05/09/2008 à 21h19
Jusqu'à hier.

Au contraire, celle ci est peut-etre ma préférée. J'aime bien, meme si ce style n'est pas celui que je lis en général.

Avatar de missangiedevilish

Par missangiedevilish le 15/08/2008 à 13h49
† Abandon, absence, mort...†

J'aime bien cette troisième partie. Mais je préfère néanmoins la première et la deuxième ! Mais bon, je te mets quand même un + 5.

Bye

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