Monologue et analyse par nuit d'insomnie
Savez-vous que depuis quelque temps, tout le monde emploie le mot "psychopathe". Comme si il s'agissait d'un nouveau Graal. La psychologie, la psychanalyse, la science, toutes ces disciplines relèguent nos peurs enfantines, religieuses, au dernier rang, cherchant à faire de nous des être moins craintifs. Pourtant, on s'est construit dans la peur, c'est un des facteurs essentiel du développement de notre espèce. Depuis la préhistoire, nous avons toujours eu peur des prédateurs, et s'ils n'existent plus vraiment dehors, la nuit dans la forêt, néanmoins l'Homme a besoin de se rattacher à cette peur comme on tient la rampe d'un escalier en descendant. C'est un besoin primaire, des milliers d'années d'évolution avec cette peur pour garde-fou, et on tente de nous la faire disparaître du jour au lendemain ? On n'efface pas la mémoire collective aussi facilement !
Je pense que les psychopathes représentent cette nouvelle peur, je pense qu'à force de nous expliquer que le monstre sous le lit ou dans le placard n'existe pas, que notre inconscient est à l'origine de nos troubles. La place d'une peur irrationnelle, irréfléchie, a été occultée sans tenir compte des besoins de notre espèce.
La peur est comme un besoin humain, le garde-fou qui protège la race. Sans la peur l'homme deviendrait incontrôlable, toute l'espèce humaine deviendrait folle, les uns et les autres se maîtriseraient de moins en moins, les instincts sauvages les plus ignobles reviendraient à la charge, parce que la peur régule nos pulsions et nos capacités à les asservir. C'est la peur qui permet à une espèce aussi dominante et puissante de vivre en communauté. La peur des prédateurs extérieurs nous oblige à nous entraider depuis l'aube de la civilisation, la peur de l'autre.
Faites-la disparaître et l'homme retourne à son premier instinct : satisfaire ses désirs. De nourriture, de sexe, de conquête de territoire et ainsi de suite, rien que des besoins narcissiques où l'autre n'est au mieux qu'un partenaire -consentant ou pas- au pire un rival pour les réserves existantes. Sans la peur... c'est le chaos à moyen terme.
Je suis convaincue que l'engouement actuel pour ces disciplines du comportement provient de là.
On remplace le monstre du placard par le "psychopathe".
C'est un besoin humain, point. On ne craint plus de s'endormir le soir sans avoir regardé sous son lit. Alors on doit trouver une autre raison d'avoir peur. Le psychopathe émerge. Parce qu'il est à la fois comme vous et moi, un être humain à l'apparence "normale" mais qu'il est capable d'atrocités impensables et pire : qu'il les commet tout à fait consciemment, par "désir", par "besoin". Alors d'une certaine manière c'est un monstre à son tour. Un être qui vit entre deux mondes, le nôtre et le sien qui nous échappe, celui du sang, de la violence.
Voila pourquoi l'homme est attiré par le mal, la peur, et ce qu'il y a dans la tête de l'autre.
Voila pourquoi je m'intéresse à la psychologie, à la peur, j'ai moi-même le besoin d'avoir peur. D'être freinée par quelque chose dans mes envies.
La peur provient du cerveau, un tout petit endroit que l'on nomme l'amygdale cérébrale. Il suffit d'une stimulation sensorielle -voir ou entendre un danger par exemple- pour que l'information atteigne l'amygdale. Une substance est libérée dans le cerveau, et des neurones déclenchent alors une série de réactions : paralysie ou agitation, contraction musculaire brutale, palpitation et beaucoup d'autres manifestations qui composent la peur.
Sans la peur, l'humanité n'est plus. L'homme serait dangereux -plus qu'il ne l'est déjà- pour son prochain et encore plus pour lui-même. Imaginez une personne atteinte d'acrophobie -phobie des hauteurs- ayant souffert toute son enfance, ne connaissant d'un coup plus la peur, le désastre que cela serait. Pour se prouver à lui-même qu'il est totalement guéri, il irait prendre de grands risques inconsidérés, le mettant en danger lui, et d'autres personnes. Imaginez un monde où personne n'aurait plus peur de mourir si la peur est éradiquée. Quel chaos cela serait. La guerre serait plus effroyable qu'elle ne l'est aujourd'hui, un vrai carnage. Les gens n'auraient plus aucune limite. Le monde deviendrait un monde de souffrances et de violences, sans peur, seulement la souffrance, la mort, l'oubli.
Pourquoi continuons-nous d'essayer d'enrayer cette peur alors ? Tout simplement parce que l'homme s'autodétruit. L'homme est la race dominante, elle est tout en haut de la chaîne alimentaire. Qui peut lui faire peur ? Les tempêtes ? Les tsunamis ? Il y a bien assez de gens pour remplacer les morts, peut-être vais-je vous choquer, mais c'est comme ça que l'Homme pense, l'Homme est le pire prédateur pour l'Homme.
Tout a commencé il y a bien longtemps, l'Homme de Néandertal était encore là. Ils étaient nombreux. Pourquoi a-t-il disparu ? A cause de l'homo sapiens. Le neandertal tuait pour se nourrir, mais ils ne se tuaient pas pour du territoire ou du pouvoir. L'homo sapiens est arrivé et a détruit le neandertal qui lui, ne voulait pas se battre. Depuis toujours l'Homme s'autodétruit, et cela continuera jusqu'à la prochaine grande extermination.
Quel rapport avec la peur ? C'est la seule qui peut nous sauver, la seule qui peut arrêter l'Homme. Peut-être suis-je pessimiste. Mais n'ayez pas peur de vos peurs, au contraire, stimulez-la. Et réfléchissez à ce que vous venez de lire.
Histoire publiée le 31/07/2010 à 11h46.
Thèmes : Avenir, Destruction, Homme, Humanité, Monde, Peur
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Par candiies le 03/08/2010 à 18h34
Très profond comme texte, j'aime beaucoup.
Par saphire66 le 02/08/2010 à 16h08
Le bonheur existe...il faut juste le trouver....
Espérons que ça le soit
Par lilnao13 le 02/08/2010 à 16h04
Ainsi est fait...le monde.
Je ne pense pas que tu sois pessimiste.
Et pour ce qui est de stimuler mes peurs... Le simple fait d'avoir peur me fait peur. C'est plutôt positif, non ?
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