Naufrage.
C'est tellement étrange. Je suis entourée, entourée par des dizaines d'yeux, d'êtres et de musique… et si seule. Les yeux sont voilés, comme absents au monde, et ce ne sont pas des êtres que ces créatures esseulées, abandonnées, ce sont des orphelins, des individus en peine, en dérive, en naufrage. Ce n'est pas de la musique, c'est du bruit qui ensevelit mon esprit d'une onde de basses à relever les morts. Et je vois ces gens inconnus danser, ou plutôt passer d'un pied à l'autre, coupés des autres comme le peut être un oiseau en cage, et à la fois dans le monde, par cette lumière qui passe à travers les barreaux, cette lumière artificielle et noire. Je les vois fermer les yeux et se laisser aller aux coups violents d'une quelconque boite à rythme, portés, ou peut-être poussés, tirés, malmenés par ce son à outrance qui ballote ces enveloppes vides dont l'âme a, pour ce soir, quitté le corps.
L'ambiguïté me saisit devant ce spectacle attachant: je suis écœurée, et admirative, oui, pendant un instant j'envie leur ivre absence, leur oubli, leur don d'eux-mêmes. Alors les paupières closes, à mon tour je rentre dans ce bal si extraordinaire, dans cette transe commune, et je suis seule. Lors, c'est comme un miracle ou un verre de bon vin : j'oublie.
Histoire publiée le 14/10/2008 à 15h00.
Thèmes : Absence, Boite de nuit, Ivresse
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