Notre Histoire : Nostalgie
Mon reflet dans le miroir me dégoûtait. Je n'étais pas maquillée, mes ongles coupés courts étaient dénués de vernis, et mes cheveux avaient besoin d'une bonne coupe ! Je m'aspergeai le visage d'eau. Mes idées devenaient déjà plus claires. Mais je me trouvais toujours aussi affreuse ! « Pas étonnant qu'il n'ait pas parlé de nous à sa famille… » Cette pensée me fit monter les larmes aux yeux. Pour sa famille, Ryôgi était aux USA pour son travail, il habitait seul et rentrerait au pays quand ses parents lui auront choisi une fiancée. Je n'arrivais pas à imaginer Ryôgi aussi docile, pour moi il avait toujours été ce brillant chef d'entreprise que j'avais rencontré lorsque je n'avais encore que 19 ans.
Je me rappelle de notre rencontre comme si c'était hier, comme si 12 ans n'étaient pas déjà passés. 12 ans déjà.
J'ai rencontré Ryôgi Nakamura lors d'un casting. J'étais alors mannequin et lui était le directeur de l'une des agences de publicité les plus connues. J'étais un peu nerveuse, je ne pensais pas que le directeur de l'agence lui-même assisterait au casting. Je rentrai dans la pièce en bikini, en effet le casting était pour une campagne de pub pour la nouvelle collection de lingerie de la marque ***. Je promenai mon regard sur les membres du jury, puis nos regards se croisèrent. Il était décoiffé et avait l'air de franchement s'ennuyer. Tout se passa alors comme dans un rêve. Je lui souris, il me sourit. C'était tout. Ce jour là lorsque je sorti de l'agence, je savais que je n'aurais pas le contrat, mais peut-être aurais-je quelque chose de mieux ?
Le soir même, je reçus un beau bouquet de fleurs accompagné d'une invitation à dîner dans l'un des restaurants les plus chers de la ville.
De fil en aiguille, notre amour grandit. Les paparazzis nous adoraient, nous étions un couple exotique mais parfait. Ma carrière avait décollé et je recevais de plus en plus de contrats. Ryôgi n'hésitait pas à me suivre dans tous mes déplacements. Cela ne le gênait pas, c'était lui le directeur et l'entreprise appartenait à sa famille. Il pouvait donner des ordres des toilettes, personne n'aurait eu son mot à dire.
Un soir, alors que nous étions à Paris, nous eûmes une drôle de discussion :
- Tash'… et si on avait des enfants ? Il me regardait l'air inquiet.
- Des enfants ? Pourquoi ? J't'ai déjà dit que je ne voulais pas avoir d'enfant avant la trentaine ! Attends une minute… Tu ne va pas me demander en mariage n'est-ce pas ? Tu sais que je n'ai aucune envie de sauter ce pas !
Il poussa un soupir de découragement :
- Non, bien sûr que non. Il n'est pas question de mariage, c'est juste que j'ai envie d'avoir des enfants.
Je le regardai avec attention, je l'aimais beaucoup mais ce qu'il me demandait était difficile ! La maternité ne m'avait jamais vraiment attiré. Mais puisque ça lui tenait tellement à cœur je décidai d'accepter :
- Bon ok, va pour un enfant. Un seulement !
Le bonheur que je lus dans ses yeux, balaya mes angoisses.
Me rappeler de cet instant me fit sourire, si j'avais su ce qui m'attendait…
Le jour suivant j'arrêtai la pilule et l'année suivante je tombai enceinte, j'avais tout juste 21 ans. Ma mère trouvait ça irresponsable mais moi j'étais heureuse. Je faisais plaisir à l'homme que j'aimais.
Le 8 mars 1999, je donnai naissance à des jumeaux. Ryôgi était fou de joie. Nous décidâmes de nommer le premier Ken parce qu'il nous semblait être le plus bagarreur et le second Keiji, je trouvais que ce prénom avait une connotation sexy, et Keiji avait tout d'un petit séducteur !
Moi qui n'en voulait qu'un, j'étais servie ! Mais Ryôgi était heureux et moi aussi par conséquent.
Deux ans plus tard, un autre petit bout de chou pointa son nez. Le 16 novembre 2001, Mikio vint au monde. Il était moins robuste que ses frères, c'est ce qui me poussa à lui donner ce prénom aux intonations douces. Je me rappelle qu'après la naissance de Mikio, j'avais prévenu Ryôgi que c'était le dernier. Tu parles ! Il faut croire que je suis très fertile car, par la suite, les bébés s'enchaînèrent. D'abord, Kenzo (21 octobre 2004), ensuite les jumelles Yoko et Luna (28 août 2006) et enfin Ana-Julia le 18 septembre 2008. Elle est la seule à porter un nom « latino ». Peut-être parce qu'elle est la seule à ne pas me ressembler. Sans doute est-elle encore trop jeune pour que l'on le remarque, mais l'œil d'une mère ne se trompe pas ! Ses yeux sont beaucoup plus bridés que ceux de ses frères et sœurs, ses cheveux sont noirs et lisses contrairement à ceux de ses frères et sœurs qui sont châtains et bouclés. De plus elle a les yeux noirs, alors que tous les autres ont les yeux marrons comme ma mère, sauf Keiji qui est vairon (un œil vert, un œil marron) et Yoko qui a les yeux vert. Enfin sa peau est aussi blanche que celle de son père. Ma fille semblait m'échapper. Je voulais qu'elle ait quelque chose de moi, alors je lui ai donné les prénoms de mes deux grand-mères.
J'avais mis un terme à ma carrière depuis la naissance de Kenzo. Quatre enfants c'est difficile à élever, il faut toujours être là. Surtout qu'ils étaient en bas-âge. Ryôgi m'avait bien proposé d'engager une nounou, mais je préférais m'occuper de mes enfants moi-même.
Peu à peu j'avais commencé à me négliger. Je n'achetais plus de vêtement si ce n'était pour les enfants. Je ne me maquillais plus, bref je ne prenais plus soin de moi ! Mais comment ne pas me comprendre ? J'avais 7 enfants en bas-âge à charge !
Maintenant je comprends pourquoi Ryôgi n'a pas parlé de moi à sa famille. Je suis tellement moche. Toutes les lettres que je lui donnais pour qu'il les remette à sa mère, toutes les photos que j'avais prise pour que leur grand-mère sache qu'ils existent. Il ne les avait jamais remises. Je les ai retrouvées, cachées dans un tiroir de son bureau.
En y pensant bien il ne me propose plus de l'accompagner à ses dîners ou à ses galas d'affaire. Peut-être a-t-il vraiment honte de moi ? Mais que faire ? Ma famille est tout ce que je possède. Je n'ai pas d'amis et mes parents ne me parlent plus depuis que je suis avec Ryôgi ! Non je ne veux pas que ma famille soit détruite, je ne veux pas que mes enfants souffrent…
Quelques coups donnés discrètement à la porte me sortirent de ma rêverie.
« Tash ? Chérie sort s'il te plaît… »
J'essuyai les larmes qui coulaient sur mon visage avant de lui ouvrir la porte. Il était toujours aussi beau. Des mèches de cheveux rebelles tombaient devant ses yeux d'un noir profond. J'y plongeai avec plaisir et me délectai de l'inquiétude que j'y lisais.
- Pourquoi as-tu menti ? Pourquoi ?
Maintenant, il fuyait mon regard.
- Tu as eu… honte ?
Je crachais presque ce mot, cela me révulsait. Comment pouvait-il avoir honte de nous ? Surtout de nos enfants !! Ses enfants !!
N'étais-ce pas lui qui avait mis la machine en route ? Je ne comprenais plus.
- Pardon.
Je reculais, encore plus horrifiée. Mes membres vibraient de ma colère contenue.
N'y tenant plus je me mis à hurler:
- Pardon ?! Tu caches l'existence de toute ta famille ! De tes enfants, LA CHAIR DE TA CHAIR, et tout ce que tu trouves à me dire, c'est pardon ?
Je chuchotais à présent et je m'étais tellement rapprochée que nos corps se touchaient. Soudain, il me prit par la taille et me serra contre lui.
- Pardonne-moi mon amour, me murmura-t-il à l'oreille.
Tout à coup, je me sentis fébrile, tout l'amour que j'éprouvais pour lui reflua. Impuissante, je me mis à pleurer. Tendrement, il me berça. Il savait qu'il avait gagné, que l'orage était passé, mais pourquoi ? Où était passé la Tasha rebelle, celle qui n'avait pas peur de se battre ?
Rassemblant toute ma volonté, je le repoussai :
- Ça ne va pas se passer comme çà ! Ecoute-moi bien Ryôgi, ou tu parles de nous à ta famille ou je m'en vais !
Et plantant mon regard, que j'espérais tranchant, dans le sien j'ajoutai :
- Avec MES enfants.
Histoire publiée le 30/12/2010 à 18h40.
Thèmes : Amour, Dispute, Enfant, Passé
|
| Ajouter aux favoris |
Envoyer à un ami |
Moyenne (3 votes) ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |



Par netami le 31/12/2010 à 16h32
je vois tous les regards vers l'éphémère
J'adore aussi, vivement la suite.
Par dead-rose le 31/12/2010 à 10h09
J'adore, vraiment! Chapeau!

J'attends la suite
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !