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Redécouverte

Quand le bout de papier rose sera dans ma main, je prendrais la voiture et je sais parfaitement où j'irais. Je partirais à la recherche de ce p'tit bout de passé que j'ai oublié. Non pas que je cherche à avoir de nouveau mal. Non. Je suis persuadée que cela me permettra de grandir un peu plus. Je n'ai que quelques kilomètres à faire. Avant, quand je passais devant, je tournais la tête. Attentive à ne me souvenir de rien. De fait, j'ai oublié. C'est enfouit tout au fond de mon crâne. Son nom, l'endroit, et sa façon de me regarder. Même son visage a disparu de ma mémoire. Quand de temps en temps j'y pense, j'ai un frisson et j'arrête instantanément. Comme si le fait de retrouver une bribe de souvenir aller le faire apparaître directement derrière moi. Je ne sais si j'ai peur. Peut être un peu.
Pourtant, voilà prés de dix ans que ceci s'est passé et je n'ai aucune séquelle. Ce n'était pas si grave, après tout. Ca aurait pu l'être, j'en suis persuadée. Maman avait le flair, elle l'a empêché de me garder chez lui. Et puis, arriva le moment où je ne comprenais plus : ses mains et ses gestes, ses caresses qui n'avaient pas lieu d'être. Et ses mots qu'ils disaient au compte goutte. Je ne veux pas me souvenir, mais je me souviens tout de même : ses lunettes, et une phrase, une phrase sur le mariage et l'amour. Porc. Gros porc.
T'étais vieux et moi, je comprenais rien.
T'étais vieux et tu pensais que je ne dirais rien.
T'as pas fait grand-chose, j'avoue, un baiser dégueulasse et tes sales mains sur moi, sur ma poitrine naissante.
Qu'est ce que tu cherchais… ? Tu avais peur de la mort mon salaud ?
Envie de rajeunir ?
Après le cours, j'avais solfège. J'ai pensé partir. Mais j'avais peur, et j'avais été formée pour être sage, ne pas bouger, attendre le bon moment pour faire les choses. Je me souviens avoir voulu demandé aller aux toilettes pour pouvoir m'éclipser par la porte du fond. J'aurais attendu mon père et … je ne lui aurais rien dit. Pas tout de suite. Mon petit cerveau devait faire la part des choses, peser le pour et le contre.
J'ai attendu la fin du cours, je suis monté dans la voiture et pendant près d'une semaine j'ai eu un tic de langage qui a alarmé mes parents.
« Maman…. ? », « Oui ? », « Je t'aime ».
Incessamment, il avait droit à cette petite phrase qui se voulait anodine. Envie de leur dire, puis renoncer, c'était plus simple.
Maman a pris le taureau par les cornes un soir au souper alors que je lui annonçais une fois de plus que je l'aimais.
« C'est … (trou de mémoire… Je ne sais plus son prénom… Deux prénoms me tournent en tête, et je ne sais si c'est le sien exactement), …' ». Et j'ai expliqué, avec mes mots d'enfants certainement. Mon frère est allé dans le salon. Ma mère m'a prise dans ses bras et mon père s'est tut.
Il a été condamné le porc. Je n'avais pas été la seule et j'étais certainement un des cas les moins graves. Deux mois de prisons avec sursis. Je ne comprenais pas la portée d'un tel acte. Mais une certaine justice avait été faite.
J'ai été prise de migraines à cette époque. Je l'ai toujours nié mais je sais à quoi c'était du. Des migraines qui m'empêchaient de dormir, qui me faisaient pleurer souvent. On a cru à un cancer du cerveau : niet. Je pense pouvoir affirmer que c'était psychologique. Je ne comprenais rien.
Je n'eu plus la même passion pour l'instrument que l'vieux m'enseignait. Je l'ai continué quelques années en me disant que ça allait revenir mais j'eu tort. Je ne jouais plus avec entrain.
Maintenant, le volant entre les mains j'entre dans le village où ça s'est déroulé. Mes yeux sont grands ouverts et j'observe chaque détail. Je tourne à l'endroit qui avant me faisait fermer les yeux. Et je comprends que rien n'avait été oublié. Je me gare. Je ne sais pas si j'ai envie de descendre pour voir de plus prés. J'éteins l'autoradio. Il y a trois portes sur l'école de musique. Celle de droite, c'était celle du solfège. Celle du milieu, celle du directeur. La dernière à gauche… Celle où moi j'allais. Il n'en faut pas plus pour que j'ai envie de pleurer. Je retiens mes larmes.
« Ne fais pas ta chochotte ma fille. C'est inutile.»
J'ouvre la porte et me décide à mettre un pied à l'extérieur. Je suis prise d'un frisson et je le remets à l'intérieur du véhicule instantanément. Je mets un gilet et sors entièrement.
« Tu ne risques plus rien. Renouer avec ton passé pour grandir… Voilà l'objectif. »
Je vais faire le tour, il y a une haie, je ne m'en souvenais plus. Tout est fermé, mais tant mieux : je ne voulais pas y entrer.
Où habitait-il déjà ? Je me souviens de volets de couleurs …
Est-il mort ? Sûrement, il n'était pas tout jeune.

Son nom ne me revient pas.
Son visage lui, revient peu à peu. Les lunettes se dessinent clairement, les cheveux et les yeux aussi. La peur me prend, son visage est là, clair, dans mon esprit !

Je remonte brusquement en voiture, faire démarrer la voiture. Vite, filer….

Histoire publiée le 20/08/2006 à 14h02.
Thèmes : Enfance, Mémoire

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Dernière visite le 14/10/2011 à 21h37 Darknessp Dernière visite le 14/10/2011 à 21h37 - Voir ses histoires
 

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