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Renaître de mes cendres

Durant les quinze années de ma vie, je n'ai au grand jamais oscillé. Droite et fière, c'est la tête haute que j'ai toujours marché. Jamais je n'ai laissé mon coeur me dicter mes actes, c'est toujours au gré de mes pensées que je me suis conduite. Aujourd'hui, je suis lasse. Fatiguée de mon existence même. J'ai toujours cru au destin, et j'ai l'impression que le mien ne peut être que souffrance et douleur. Comme une condamnée, on aurait pu jurer que tout s'est acharné sur moi, et ce depuis ma tendre enfance.
Parfois, dans mes songes la nuit, j'entends ce bruit fracassant d'une vitre qui se brise. Je me réveille en sursaut, mais je suis dans le corps de cette enfant. Il fait nuit noire, ce qui ne fait qu'accélérer les battements de mon coeur. J'entends crier, un hurlement qui me déchire les entrailles. Je pousse à mon tour des cris, en réclament ma mère. Le silence s'installe de nouveau, comme si le temps s'était arrêté. Moi même je me suis tue, rattrapée par la lourde atmosphère. Ma mère ne vint pas. Elle ne revint plus jamais.
J'ai eu le don d'une mémoire extraordinaire. Mais ce qui à l'origine devait être un cadeau du divin devint une malédiction. J'aurais tant voulu pouvoir oublier, ça aurait apaisé mes plus profondes cicatrices. Brillante et animée durant mon jeune âge, je suis devenue triste et renfermée, comme une rose qui a flétri.
Je regarde les gens de mon âge de loin, avec toujours ce sourire presque imperceptible. Ce n'était ni un sourire de méprise ou de haine. Je ne faisais que les envier, de leur insouciance et de leur liberté. Car moi je n'avais pas le droit de savourer ces plaisirs. Les autres me considèrent comme une fille froide, dont la compagnie ne peut être qu'insoutenable. Ils ont raison dans un sens. Je suis distante parce que le temps m'a appris à me méfier. J'ai trop eu mal pour tenter ma chance dans les jeux du coeur.
Et pourtant, j'ai failli. Lui, qui s'est approché de moi avec une discrétion que je n'ai osé soupçonner. Je me suis attendrie, jusqu'à même m'attacher à lui, ce garçon qui méritait bien mon affection. C'est ce que j'ai cru au début, jusqu'à ce que je le surprenne dans les bras d'une autre. C'est là que mon univers s'est écroulé. Ce coup me fut fatal.
Aujourd'hui, on est dimanche. Dernier jour de la semaine, dernier jour de ma vie. Je regardais le toit de cet immeuble avec l'esprit absent. Sans le vouloir, je me voyais là-haut, les pieds dans le vide. Je secouais ma tête pour m'enlever cette vision de la tête.
J'étais dans un parc, assise sur une balançoire, les yeux rivés sur le sol. Il faisait froid par cette journée d'automne, et d'autant plus pour moi à cause de mes habits léger. Mais je m'en contre-fichait. C'était bien le cadet de mes soucis. J'ai eu l'impression que le ciel éclata au même moment que moi. Une pluie abondante s'abattit, à l'instant où je n'en pus plus. Les larmes coulaient et coulaient sur mes joues, sans que je ne puisse me contrôler.
J'aurais reconnu son regard parmi mille. De grands yeux marrons qui me fouillaient jusqu'au profond de mon âme. Je ne voulais pas qu'il me voit dans ce moment de faiblesse, et j'en ai remercié le ciel qu'il pleuve, cachant ainsi mes larmes qui se fondaient avec les gouttes de pluies qui ruisselaient sur mon visage.
En quelques secondes, nous nous sommes retrouvés trempés jusqu'aux os. Mes vêtements me collaient sur la peau et mes chaussures baignaient dans la boue. Il s'approchait de moi, doucement pour ne pas me brusquer. Je le sentais hésitant, incertain. Et pourtant, il ne s'arrêta que lorsqu'il fut à quelques centimètres de moi.
Je ne sais pas combien de temps cela dura, mais nous restions ainsi immobiles à nous jauger. Notre silence en disait long, mais il finit par parler. Il disait que ce que j'avais vu n'était qu'un mal entendu, qu'il n'avait fait que consoler son amie qui venait de quitter son copain et que sur sa faiblesse, ils se sont embrassés. Il avait essayer de la repousser, et j'étais entrée au mauvais moment. Je le croyais, mais ça n'empêche que je me suis jetée sur lui en martelant de mes poings son torse. Il ne broncha pas. De la tristesse se lisait sur son visage. Il me disait qu'il était désolé et qu'il s'excusait, mais je n'écoutais pas. Je ne me suis calmée que lorsque l'épuisement l'emporta. Il m'enlaça dans ses bras en me murmurant des mots apaisants pour me calmer. Je ne l'ai pas repoussé. C'est là que je me suis laissée aller, laissant libre cours à ma peine. Celle que j'ai traînée durant toutes ces années. Il me consola du mieux qu'il pouvait.
Tandis que mes doigts s'engouffraient dans ses cheveux châtains, je sentis mon âme s'apaiser. C'était tel un souffle de joie qui me parcouru de la tête aux pieds. Pour une fois, j'étais heureuse. Heureuse d'être.
Dimanche était le dernier jour de la semaine, mais le premier de ma vie.

Histoire publiée le 11/01/2007 à 01h23.
Thèmes : Amour, Douleur, Peine

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Dernière visite le 11/05/2008 à 22h44 Lamiaa Dernière visite le 11/05/2008 à 22h44 - Voir ses histoires
 

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