Rupture
Noir. Il fait si sombre. Au centre de la pièce, quelqu'un n'a pas bougé depuis plus de cinq heures. Une jeune femme, immobile. Ses yeux sont vides. Comme si à force de trop pleurer, toutes ses émotions s'étaient éteintes. Les larmes ont tout emporté dans leur course amère. Silencieuse, seule, elle fixe la porte grande ouverte, par où le vent s'engouffre comme pour lui signifier qu'elle n'est plus chez elle.
D'un léger mouvement de tête, elle chasse de ses pensées les derniers lambeaux de souvenirs qui attaquent son âme rongée à l'acide. Seuls restent les mots. Coupants, tranchants. Comme des milliers de bris de verre qui éclateraient en continu contre les parois de son crâne. Lapidée. Elle se sent comme ces femmes qu'on couvre de coups et d'insultes pour une faute dont personne n'est sûr.
Elle non plus ne sait pas ce qu'elle a pu faire pour mériter ça. Elle baisse la tête, détournant le regard de cette porte qu'elle ne peut se résoudre à fermer. D'un geste las, elle appuie sur l'interrupteur, éclairant le salon et offrant à ses yeux les roses éparpillées sur le sol. Il les lui a jetées à la figure en même temps que ses paroles blessantes. A présent, elles gisent par terre, leurs pétales détachés par le choc de la chute. Des roses rouge sang. Quelle ironie pour ce symbole d'amour passionnel que de servir à des adieux…
Adieu. La jeune femme frissonne. Elle qui a horreur de la solitude se retrouve maintenant plus seule qu'auparavant.
Un instant, elle hésite entre ramasser les fleurs et les garder précieusement jusqu'à ce qu'elles fanent ou les jeter aux ordures avec la même rage dont il a fait preuve tout à l'heure en les lui lançant au visage. Ni l'un ni l'autre. Ce soir, elle ne fera plus rien jusqu'au lendemain.
La journée est finie, le soleil est couché depuis longtemps. Aujourd'hui, elle a assez donné.
Elle se glisse sous la douche brûlante et n'en sort que quand sa peau se constelle de taches rouges. Derrière la buée du miroir, elle ne reconnaît pas la jeune femme qui l'observe. Les traits tirés, la peau affreusement pâle, les cernes bleus sous les yeux rouges et secs. Un monstre.
Non. Le monstre, ce n'est pas elle. C'est lui. Lui qui l'a quittée pour cette autre femme, plus jeune, plus belle. Lui a rompu de la pire manière, il y a à peine quelques heures.
Son amour, son amant, son fiancé, son bourreau. Ce salaud.
Dans un accès de rage, elle brise le miroir, preuve de sa détresse. Un gémissement lui échappe, un éclat de verre lui a ouvert le côté de la main. Pourquoi ? Pourquoi tout marche de travers aujourd'hui ? Quelque chose lui chatouille la joue. Une larme ?
Soudain, un sanglot lui déchire la poitrine. Elle sort en titubant de la salle de bain. Le salon, les fleurs. Toutes ces fleurs éparpillées sur le sol. La jeune femme tombe à genoux. Entre ses mains tremblantes, elle serre ces roses qu'il a touchées. Ces maudites roses. Les épines lui piquent les doigts. Peu importe.
Plus rien n'a d'importance. Ses larmes se tarissent peu à peu mais la tristesse est toujours là. Une goutte de sang tombe sur le sol. D'une main tremblante, elle essuie ses joues. Le bout de ses doigts se colore de rouge vif.
Alors c'est ainsi : quand on a plus de larmes pour pleurer, le sang prend la relève ? Un sang chargé de désespoir… Elle ignorait cela avant aujourd'hui.
C'est bête, il y a des choses qu'on ne peut apprendre que dans certaines situations et, à bien y réfléchir, on aurait préféré ne jamais rien savoir.
Histoire publiée le 22/09/2007 à 19h03.
Thèmes : Pleurs, Roses, Rupture, Sang
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Par krilin123 le 22/11/2007 à 14h44
eh bé...!
C'est triste... Trés déprimante ton histoire !
mais ce n'est qu'une histoire.
l'atmosphère et les sentiments sont trés bien rendus ! on est dedans !
tres beau ! trés trés beau!
Par laetin le 20/11/2007 à 14h50
Si je veux, je peux!!
tres bo
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