Sous la pluie...
Il pleut. Tranquille, je descends la côte en sortant du lycée. Les gouttes tombent sur mon parapluie, le son créé sonne dans ma tête comme une berceuse grave. Chaque "ploc" est une note frappée au xylophone, à chaque pas j'entends mille mélodies.
Il n'y a presque personne sur les trottoirs ; les gens se dépêchent de rentrer chez eux ou dans un magasin, à l'abri de l'eau qui entre dans le col de leurs manteaux. Je promène mes yeux sur la ville striée de petits traits gris et verticaux, la tête légère et mon esprit vagabondant, et une voiture blanche me dépasse, puis s'arrête. Insouciante et pensive, je ne fais pas attention. Au moment où je passe à côté de la voiture, une portière s'ouvre, un jeune homme en sort très vite, me saisit et me tire brusquement vers l'intérieur. Je perds l'équilibre, ne peux pas m'enfuir. La portière se referme et le véhicule redémarre.
Tout cela a été extrêmement rapide, je n'ai même pas eu le temps de crier ou de fuir. Juste d'ouvrir de grands yeux. Par contre à l'intérieur je ne me gêne pas : j'essaie d'attraper une poignée, de donner des coups de pieds au type sur la banquette arrière, peine perdue. Ils sont trois en tout. Le type qui m'a jetée dans la voiture réussit à m'allonger sur les sièges, mais je lutte, je me débats, je crie. Laissez-moi ! Ne me touchez pas ! Arrêtez ! Une main se plaque sur ma bouche, et je sens quelque chose de froid, dur et lisse sur mon cou. Un couteau. Tiens-toi tranquille, me dit-on, et ta gorge restera intacte. Je sais ce qui m'attend. Je sais que je ne peux rien faire.
Mais... je sais aussi que je préfère la mort à ça ! Pourquoi je ne bouge plus ? Pourquoi je le laisse baisser mon pantalon ? Bouge, qu'il te tue ! Bouge, pour qu'il ne te fasse pas ça ! BOUGE !
Mais... je n'y arrive pas. La lame sur ma gorge m'a paralysée, tétanisée, je ne peux plus remuer un seul membre de mon corps. Corps qui bientôt ne sera plus le mien. Le mec s'excite, la voiture tourne, son corps se colle au mien...
NON !
Le cri est sorti, silencieux, de ma bouche, du plus profond de mes entrailles.
STOP ! NON !
Douleur, atroce, brûlante.
ARRÊTEZ-CA, JE VOUS EN PRIE...
Déchirure, je suis une poupée de chiffons qu'on arrache avec fureur et plaisir.
JE VEUX MOURIR...
Les larmes coulent, les rires graves résonnent dans cette salle de torture ambulante.
JE...
Je n'arrive même plus à penser, j'ouvre les yeux et je vois ces visages fiers et monstrueux. Je les ferme et tous mes sens se focalisent sur cette partie du corps que l'on détruit. Quel est le pire ?
Enfin la voiture s'arrête. Je crois que c'est fini. Avec le premier mec, oui. Les portières s'ouvrent et l'excité échange sa place avec celui assis à côté du conducteur. Ce dernier me décourage de fuir en relayant le premier au "couteau sous la gorge". Mon coeur cogne tellement que je ne le sens plus. Mon visage est mouillé de larmes salées. Peut-être que je suis morte... Claquement de portières, redémarrage, et l'horreur réapparaît.
La même chose. Une seconde fois. Non, je ne suis pas morte. C'est pire. Si au moins mes pensées pouvaient me sauver, sauver l'intérieur, la tête de cette petite chose dont les hommes se servent comme d'un jouet. Après lui, personne. La voiture stoppe à l'endroit où elle m'avait enlevée. Je suis jetée sur le trottoir plein d'eau, comme une capote usagée. Je trouve le parapluie quelques mètres plus loin, le vent l'avait fait bouger un peu.
Il pleut. Ca mouille inutilement mon visage. Ca ne lave même pas cette souillure indélébile. La ville se reflète dans les flaques. Je me penche et vois un cadavre, le cadavre d'une fille qui n'a plus de raison de vivre. Mon Dieu, mais c'est moi... et je suis vivante.
(Cette histoire est une fiction)
Histoire publiée le 14/10/2007 à 16h37.
Thèmes : Désespoir, Mort, Viol
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Par pupucedu67 le 07/07/2008 à 13h52
C'est tellement magnifiquement triste, que je ne sais quoi dire...
Par trashevil le 18/02/2008 à 18h54
un savon..une autre trace indélébile certainement, il faut faire face même si c'est insupportable. Vivre pour rien, ou mourrir pour quelque chose.
Par hell-love le 18/02/2008 à 14h35
Oui malheureusement ça existe...c'est bien écrit et c'est touchant. 5*
Par moon-vert-kiwi le 11/01/2008 à 19h43
Comme si ... Remy (L)
Je suis d'accord avec carolys : sa existent et lutter contre sa est minan possible alors il faut se bouger et se défendre !!
Par antigon3 le 28/10/2007 à 18h37
{inj3tiOn d'un3 dOs3 d'utOpi3...}
très émouvante!
Par carolys20 le 23/10/2007 à 21h15
j'ai rien à dire, seulement que cette histoire m'a émue et qu'en la lisant j'ai ressentit une pointe terrible de colère et de repugnance face à ses hommes cruels.
malheureusement des histoire pareilles, ça existent
Par lilnao13 le 22/10/2007 à 15h19
Ainsi est fait...le monde.
Mais la mort est le meilleur savon...
Par net-chan le 22/10/2007 à 14h06
life is beautiful
Le silence montre le respect...
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