Sur le bord du fil (partie I )
Le réveil sonnait. Dieu ce qu'un réveil qui sonne peut faire de bruit. Vivianne émergea du demi sommeil dans lequel elle reposait tranquillement depuis une bonne demi heure et ouvrit un oeil. Qu'elle referma aussitôt. Elle bailla et déplia ses membres avant de s'étirer profondément en baillant. Comme toujours elle s'était réveillée dans sa position "spéciale". Une main sous l'oreiller, l'autre repliant la couette sous son menton, bien à l'abri de la chaleur de ses draps, les jambes légèrement repliées, presque en position foetale. Elle s'étira encore une fois. Ses genoux craquèrent. Alors seulement elle consentit à ouvrir les yeux, à se redresser sur un coude et à bailler de nouveau en se frottant les yeux. Elle s'assit, dans son lit et fit craquer doucement ses vertèbres. Son tout premier geste de la journée fut de tendre la main vers son poste radio et de l'allumer, le volume tout doux pour ne pas éveiller son frère dans la chambre d'à côté, tout en tendant l'autre main vers sa table de chevet pour récupérer à tâtons ses lunettes, sa montre et sa pince à cheveux. Elle chaussa ses lunettes, attacha ses cheveux qui bouclaient dans tous les sens puis attacha sa montre au poignet droit, une manie qu'elle avait prise depuis qu'elle portait des montres et que toutes les gentilles moqueries de ses parents et de ses grands-parents n'avait pu changer. Elle portait sa montre au poignet droit. On en voyait d'ailleurs la légère trace blanche lorsqu'elle l'ôtait. Elle passa machinalement sa main dans les cheveux, oubliant qu'elle les avait plus ou moins attachés. Elle soupira et du remettre la pince en place. Elle n'avait aucune envie de se lever. Comme tous les matins. Elle finit par se pencher le plus possible en avant pour attraper ses affaires sur le dossier de son lit, à ses pieds. Puis elle enleva le t-shirt un peu trop grand qui lui tenait lieu de chemise de nuit et s'habilla. Partiellement. Elle finit par sortir de la chaleur de sa couette, la repoussa doucement et se leva avant de finir de s'habiller. Elle resta trainer un moment dans sa chambre à écouter la musique et sortit de sa chambre à 7h05 précisément. Elle se dirigea vers la salle de bain, se coiffa comme elle put, remit sa pince à cheveux. Elle s'était habituée au fait qu'elle ne pourrait jamais coiffer ses cheveux plus que les quelques coups de brosse réglementaires pour ne pas avoir de noeuds. Elle n'en demandait pas plus. Puis elle retourna dans le couloir, tendit la main et baissa l'interrupteur près de la porte de sa chambre, coupant la radio. Et descendit l'escalier, son sac sur l'épaule.
Sa chienne se précipita sur elle, sautillant comme une folle. Elle la caressa et finit de se réveiller. Puis, d'un claquement de doigt elle la renvoya au tapis. Elle posa son sac dans l'entrée et farfouilla un instant pour retrouver ses chaussures. Elle remonta à l'étage, les trouva dans sa chambre, les enfila, redescendit. Elle se dirigea finalement vers la cuisine en jetant un coup d'oeil sur la vieille pendule. Elle trouva un bol, dégota une petite cuillère, regarda par dessus les fleurs qui ornaient le "bar". Le lait était sur la table. Sa mère assise sur une chaise. Elle la rejoignit, avec un sourire. Elle aimait bien sa mère. Elle l'aimait beaucoup et ce matin elle avait envie de rire avec elle, de lui dire qu'elle était sa maman à elle. Elle ouvrit la bouche pour dire bonjour et de dirigea vers elle pour lui faire la bise quand celle-ci lui damna le pion. Et lui faucha l'herbe sur le pied en l'accueillant, plutôt fraichement.
-On voit ton ventre ! Va te changer !
Viviane leva les yeux au plafond, beige et soupira, agacée. On ne voyait pas son ventre, à moins qu'elle ne lève les bras le plus haut possible et qu'elle ne se penche en arrière. Et encore... on n'aurait vu que quelques petits millimètres de peau blanche, à peine plus de deux. Tout ça parce qu'elle avait mal enfilé son haut et qu'il s'enroulait légèrement vers le bas... Sa mère avait le don de faire des remarques sottes. Surtout qu'elle savait parfaitement que sa fille mettrait un pull, ne supportant pas qu'on voit son ventre. La jeune fille n'aimait déjà pas qu'on voit ses genoux et venait tout juste d'accepter qu'on lui voit les épaules. Alors le ventre... Elle répliqua durement.
-Ooooh ! Fous moi la paix ! Tu n'as rien à me dire d'autre pour me souhaiter bonjour ? Être polie n'a jamais tué quelqu'un tu sais ?
-Je te préviens si tu vas comme ça au lycée la prochaine fois que je vois ce haut je te le fous à la poubelle !!
La jeune femme se retint de hurler et retint toute son exaspération. Elle haïssait sa mère. Mais ce n'était pas le moment de s'engueuler avec elle, pas si tôt dans la journée. Ce soir. Peut-être. Si ça recommençait. Elle pourrait crier sa haine. A mots couverts. Dans une famille comme la sienne on ne s'engueule pas, on ne se touche pas, on ne se hait pas. On est une famille parfaire, douce et unie. Dans sa famille on est façade et mensonges. Salope de famille. Au moins elle sait d'où elle vient et de qui elle tient. On ne se renie pas dans la famille. Elle remonta à l'étage sans dire un mot et passa un pull. Ce n'était que le début de la journée... prometteuse. Le reste du petit déjeuner se passa en silence, Viviane mâchonnant sans conviction ses céréales et lisant toutes les bêtises écrites au dos du paquet pour passer le temps, sa mère buvant son thé. Quelques préparatifs, on cherche les clef dans tous les sens, on s'exaspère, on tourne en rond, on regarde sa mère tourner comme un yo-yo et on attend. Puis le départ. Vingt minutes de route, trajet quotidien au son de la radio.
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Histoire publiée le 05/07/2007 à 20h55.
Thèmes : Quotidien, Tiraillement, Vie
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