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Symbiose partie 2

En temps normal, j'aurais crié ; en temps de crise je serais partie en courant. Mais là, je n'arrivais à rien. Mes muscles refusaient de bouger, mes yeux refusaient de se détacher de ce visage. Oubliant la réalité, et ne m'écoutant pas mon corps voulut se rapprocher de lui, afin de détailler chacun de ses traits, de se saouler de son parfum. Mes lèvres brûlaient de goûter les siennes. Bref, mes cinq sens étaient en émois et mon esprit ne trouvait plus d'arguments pour me raisonner. Rien ne comptait, mon seul désir était de le rejoindre, à tel point que j'en venais à oublier ce huitième barreau, tombait et m'étalait de tout mon long.
Étant a présent éloignée de mon élément perturbateur, il m'est venu à l'esprit qu'il pouvait s'agir d'un des Abouliques et que je me trouvais dans une situation où je n'avais pas l'avantage. Je me relevai aussi vite que je pus et envisageai de m'enfuir. Malgré ma détermination mon regard ne pu s'empêcher de regarder furtivement vers l'entrée de la cabane. Elle était vide. En revanche, lui, était en train de descendre calmement. Il se retourna et vit que je le regardais. Il souriait. Non, mieux que ça, il me souriait. D'une manière si tendre, si protectrice que je sentis mes jambes vaciller et m'écroulai une nouvelle fois. J'avais trop couru, pas assez dormi ni assez mangé. Ces émotions qui m'assaillaient étaient la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Je m'évanouissais…

- Bonsoir…
Une voix douce résonnait, la fatigue. Quoi d'autre de toute manière ?
- Excuse moi si je t'ai fais peur ce n'était pas du tout mon intention… Au moins maintenant je suis certain que tu n'es pas dénuée d'émotions.
Il riait. J'ouvris les yeux et vis son visage une nouvelle fois. J'avais beau m'être préparée à l'avance, je ne pus garder mes sentiments enfouis. De plus j'étais maintenant certaine qu'il n'avait pas été désensibilisé. Il riait, et ses yeux trahissaient l'émotion qu'il ressentait. Nous restâmes ainsi un moment à nous fixer, comme si cela suffisait à couvrir tous nos besoins. C'est du moins ce que moi je pensais. Lui semblait attendre. Un verdict, une réponse ? Mais oui c'est ça ! Je me ressaisissais et reprenais le contrôle de moi-même.
- Ce n'est rien. Je n'ai pas eu peur, j'ai seulement été… surprise. Je ne m'attendais pas à voir quelqu'un dans la cabane.
- Et moi donc, j'ai cru que tu étais une des leurs au début, puis j'ai vu que tu ressentais toujours.
Ça pour ressentir, je ressentais ! Avait-il deviné l'effet qu'il produisait sur mes sens ? Combien je devais me concentrer pour lui parler d'une manière sensée ?
- Bizarrement cela m'a rendu très heureux. Au fait, je m'appelle Ren.
Il me tendit une main et me sourit. Je du faire appel à toute ma concentration afin de lui répondre. Je lui saisi la main et la secouai légèrement.
- Allison. Mais tu peux m'appeler Allie.
- Enchanté Allie. Dit-il en me reposant la main.
Je regrettais déjà la sensation de sa main dans la mienne. Elle ne laissait qu'une sensation de brûlure et de vide. Comme si nos deux chairs étaient faîtes pour fusionner. Ressentait-il la même chose ? Il me paraissait inconcevable que ce genre de sentiments ne fonctionne que dans un sens. Perdue dans mes pensées, je n'entendais pas mon estomac crier famine. Ren me regarda et se mit à rire.
- Il semblerait que tu as faim…

Tout en s'affairant pour nous préparer de quoi manger, Ren m'interrogeait. Depuis combien de temps étais-je en fuite ? Comment avais-je échappé aux Abouliques ? Je lui retournais ses questions et appris qu'il venait de Glasgow. Et que cela faisait près d'un an qu'il fuyait. Parler faisait du bien, et manger d'avantage. Il était désolé mais avait mangé mes chips la veille. Nous rîmes. Et il reprit ses questions. Même si ça ressemblait énormément à un interrogatoire ça ne me gênait pas outre mesure. Plus j'en apprenais sur lui, plus j'étais heureuse. A l'heure actuelle une seule chose aurait pu me combler d'avantage. Malgré le temps qui passait je ressentais toujours ce vide au creux de ma main.
- J'ai 23 ans, depuis un mois. Me déclara t-il. Et toi ?
- 19. Tiens, vous avez pile deux ans d'écart. Tu me manques Matt. J'avais prononcé à voix haute mes pensées.
- Qui est ce Matt ?
- Mon frère. Il est parti il y a environ deux ans.
Il poussa un soupir qui semblait être de soulagement. Me regarda troublé et repris avec ses questions. Lorsque je terminais mon morceau de pain rassis il me débarrassa et entreprit de préparer la cabane pour la nuit. Cela ne le dérangeait pas de commencer à monter la garde. Nous gonflâmes donc le matelas et convînmes ensemble de l'horaire à laquelle je prendrais mon tour. Je m'allongeai et tentai de trouver un repos mérité.

Cela devait faire environ vingt minutes que je cherchais mes mots. Il me semblait stupide de dormir alors que nous avions encore tant de chose à nous dire. Je ne voulais pas perdre une minute à ses cotés. Je m'approchai en silence et m'assis à coté de lui.
- Ren ? Je… je n'arrive pas à dormir.
- Tu n'as rien à craindre, je te protègerai. Ma joue s'embrasa lorsqu'il la caressa délicatement du dos de sa main. Je devais me reprendre.
- J'ai confiance. C'est juste que… je n'ai pas sommeil. Si tu veux, tu peux dormir et tu prendras mon tour de garde.
- Je ne pense pas arriver à dormir non plus. Je suis trop…
Il laissa sa phrase en suspend, ce qui installa un silence, qu'aucun de nous deux n'osait briser. Je pouvais presque sentir la chaleur qu'émanait son corps près du mien. J'entendais sa respiration plus ou moins régulière et l'observai du coin de l'œil. Il paraissait avoir un dialogue intérieur. Je l'aperçu sourire d'une manière déterminée et se passer une main dans ses cheveux. Il tourna la tête si rapidement que je sursautai. Moi qui voulais faire croire que j'observais le paysage…
- Qu'est ce que tu faisais comme études avant tout ça ? Attends laisse moi deviner.
Il s'engagea dans un tas d'hypothèses : art, sport, littérature. Je finis par lui dire que j'étudiais la médecine comme mon frère avait commencé auparavant.
- J'ai l'impression qu'il compte énormément pour toi. J'hochai la tête. Il doit beaucoup te manquer je suppose.
Nouvel hochement de tête. Il me saisit la main et la pressa et de son autre bras il prit ma tête afin de me poser un baiser sur le front. Je senti mon cœur tambouriner dans ma poitrine comme si il allait exploser, mais Ren me lâcha.
- Désolé, je me permets des gestes un peu trop intimes alors que…
Mon sang se glaça. Je n'aimais pas du tout ce «alors que», se suivait pour moi d'un « j'ai une petite amie qui m'attend, » ou pire une fiancée. Un nouveau silence s'installa mais cette fois je ne le regardai pas. J'essayais de faire abstraction de sa présence mais il avait une trop grosse emprise sur mes émotions. Je me mis à sangloter et Ren ne mit pas longtemps à s'en apercevoir.
- Allie ? Qu'est ce qu'il se passe ?
- Rien. Ce mot était sorti avec si peu de conviction qu'il sonnait faux à mes propres oreilles. Il fallait être stupide pour me croire.
- Très bien.
Et apparemment il l'était. Stupide.
- Ren, j'ai quelque chose.
- Je sais. Mais je pensais que tu ne voulais pas m'en parler. Tu sais si c'est de ma faute, je peux partir. Je comprendrai. Comment ai-je pu être aussi naïf ?
Oui, c'était de sa faute. Non, je ne voulais pas qu'il parte. Mais pourquoi pensait-il être crédule ?
- Je ne te suis pas.
- Tu vas me prendre pour un aliéné.
Il marqua une pause et comme pour l'encourager et lui dire que je ne le jugerai je serrai brièvement sa main. Je ne pu m'empêcher une nouvelle fois de sentir mon cœur cogner, bien que j'eusse peur des prochains mots qui pourraient sortir de sa bouche. Des mots qui anéantiraient mes espoirs.
- Je t'aime.
Je relâchai sa main. J'étais bloquée, incapable de dire quoi que ce soit.
- Tu sais, je comprends. Tu as déjà quelqu'un dans ta vie. J'arrive et je voudrais que tu sois à moi rien qu'à moi. J'essaie de t'inciter et tu te sens coupable…
- Non.
- Non ?
- Non, je n'ai personne. Il restait droit et immobile. Et moi je n'arrivai plus à articuler quoi que ce soit. Je devais lui dire ce que je ressentais moi aussi. J'étais heureuse. Plus heureuse que je ne l'ai jamais été. Et ce, grâce à lui.
- Ren… Il se tourna brusquement dans ma direction et me saisit le visage dans ces deux mains. Je sentais son souffle près, si près.
- Allie, j'ai conscience que je vais trop vite, que je t'effraie. Mais je ressens cette peur. Celle justement de ne pas aller assez vite et de perdre trop de temps.
Comme je le comprenais. La peur du refus, d'être la seule à ressentir ce trouble, la peur de s'engager trop vite et mal. La peur que ces instants réunis soient les derniers. Pour toute réponse je passais une main dans ses cheveux et approchait mon visage d'avantage du sien, goûtait enfin ses lèvres. Mon cœur battait de plus en plus vite, il allait exploser. Je serrai Ren de plus en plus fort. Ses mains glissèrent sur mes reins et me collèrent à lui. Je passai mon second bras dans son dos. Tous les endroits où nous nous touchions me brulaient. Je me senti bête de penser qu'il pouvait s'agir du feu de la passion.
Nos lèvres se décollèrent. Il soupira mon nom et sourit. Je n'arrivai toujours pas à m'exprimer. Rien au monde ne pouvait décrire cette joie que je ressentais. Il se pencha et posa un baiser dans le creux de mon cou. Je frissonnai. Rien au monde ne devait nous séparer.

Comme pour répondre à cette dernière pensée et me ramener à la dure réalité, j'entendis des pas qui s'approchaient de la cabane. Impossible de ne pas reconnaître cette démarche si familière… Matt !

Histoire publiée le 06/04/2009 à 23h05.
Thèmes : Désir, Dictature, Fuite

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Dernière visite le 17/08/2010 à 20h10 Cassandrielle Dernière visite le 17/08/2010 à 20h10 - Voir ses histoires
 

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