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Symbiose partie 3 (dernière)

Sans avoir eu le temps de réagir, je me retrouvai plaquée sur le matelas. Ren, au dessus de moi, m'intimait le silence avec un doigt posé sur ma bouche. Les bruits de pas s'évanouissaient.
Dans un tout autre contexte, j'aurais plus qu'apprécié ce contact tendre et sensuel. Je faisais courir mes doigts sur son bras tendu et puissant qui le retenait au dessus de moi. Je voulais ce geste rassurant. Il devait savoir ce qu'il en était, que nous n'étions pas en danger. Il me prit de court :
- C'est la troisième fois qu'il est venu depuis que je suis ici. Depuis cinq jours. D'habitude il monte et je me cache derrière la porte en attendant qu'il redescende. Mais là on ne pourra se protéger tous les deux. S'il repasse, je ne me dissimulerai pas.
Ainsi, il était près à se mettre en danger pour moi, pour que je vive. Je me sentais insultée. Comment pouvait-il penser que je le regarderai risquer sa vie sans rien faire ? De toute façon la question ne se posait pas. Je me relevai et m'assis en tailleur face à lui. J'osai lui saisir la main et la portai à mon visage dans le but de le rassurer. Il se laissa guider et détailla mes traits du bout des doigts. Bien que j'eus des difficultés à trouver une respiration régulière, je le laissai dans sa manœuvre et tentai de lui expliquer la situation :
- C'est Matt… c'est mon frère. Cette cabane, c'est la nôtre, nous l'avons construite ensemble il y a environ cinq ans.
- C'est donc toi qu'il cherchait. C'est le premier endroit où tu viendrais bien entendu. Et tu n'avais aucune raison de te cacher, donc il ne s'attardait jamais.
Il ôta sa main de mon visage. Cette sensation de vide refit son apparition, mais je me levai tout de même et m'avançai vers l'entrée. Il me rattrapa peu avant que j'y parvienne et me saisi d'un bras en m'entourant les épaules :
- Et s'il était devenu un des leur ? Ça fait longtemps que tu ne l'as pas vu.
Ce n'était pas possible ; pas Matt ! Si il était revenu c'est parce qu'il avait trouvé une solution. Je lui retournai un regard rempli de désespoir.
- Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit tu comprends ?
Son murmure me chatouilla l'oreille. Il me prit dans ses bras et me serra contre son torse, comme si il espérait prendre un peu de ma tristesse.
Bien que je sache mon frère dans les parages, je ne désirais pas briser cette étreinte. J'avais comme la sensation qu'une fois nos deux corps séparés nous ne reverrions jamais. Je relevai mon visage et compris qu'il possédait la même crainte. Il sécha mes larmes et posa ses lèvres sur le coté de mon nez.
- Ne me lâche pas. Quoi qu'il se passe.
J'acquiesçai. Nous approchâmes de l'entrée et attendîmes que Matt revienne.

J'ignore combien de temps dura cette attente. Nous étions l'un contre l'autre, silencieux. Nous nous accordions de temps en temps un geste, une caresse comme pour nous prouver que nous étions bien là et réels. Puis il revint.
Ren me fit grimper sur son dos et commença à descendre l'échelle.
- Attention, il y a un barreau cassé. Lui soufflai-je à l'oreille.
Une petite plaisanterie qui le fit rire, et qui détendit l'atmosphère. Il devait sûrement m'imaginer quelques heures plus tôt au sol et sonnée. Seulement quelques heures ? Je me cramponnai plus fort à lui.
Nous arrivâmes au sol et je glissai de son dos. Ren me fit passer devant lui et me tint par la taille de son bras gauche. Je gardais une main sur son bras comme si ce simple geste nous souderait à jamais.

- Lâche là ! s'écria mon frère
- Matt, tout va bien. Viens que je te présente.
Il me regarda de manière suspicieuse. Il attendait que je lui fasse le signe lui indiquant que j'étais en danger. Pas de froncement de nez. Au contraire, je me collai d'avantage à Ren. Il répondit à cette pression en enroulant son second bras autour de ma taille. Mon cœur battait, mais j'ignorais si c'était du au contact de nos deux corps ou bien à cette situation étrange. Lorsque j'imaginais nos retrouvailles avec mon frère, je pensais qu'il y aurait une explosion de joie, une liesse sans fin. Quelque chose clochait mais j'ignorais quoi exactement. Matt se rapprocha.
- Je peux te parler ? Son ton était froid, sans le ton chaleureux qui l'accompagnait.
- Tu peux parler devant Ren. Il est… j'hésitais sur le qualificatif à employer. C'est…
- Nous sommes ensemble. Unis quoi qu'il arrive.
Je souris à cette idée et savais qu'il en faisait de même. Nos deux esprits étaient liés. A jamais.
- C'était sans compter sur ma présence.
Mon souffle se coupa, j'étais surprise par la rudesse de sa phrase. Matt était trop observateur et me connaissait trop pour ne pas voir les sentiments que j'éprouvais pour Ren. Jamais mon frère, celui d'il y a deux ans n'aurait prononcé ces mots.
- Désolé, mais je ne lâcherai pas Allie. Maintenant que je l'ai trouvée, j'ai conscience de n'avoir jamais été réellement entier. Je refuse de la quitter, elle a donné un sens à ma vie. Tu as donné un sens à ma vie, ajouta t-il.
- Ce sera plus dur que je le pensais… marmonna mon frère comme pour lui-même. Il reprit à voix haute : Très bien je lui parlerai en ta présence mais je t'interdis d'intervenir.

Matt tenta de m'expliquer son nouveau point de vue sur le monde. Sur les propos du Parti Mondial. Ils n'avaient pas tout à fait tort. Depuis que leur politique s'était appliquée on ne pouvait voir que des améliorations. La disparition des voitures et autres moteurs et donc l'assainissement de l'atmosphère. Le recul du réchauffement de la planète. L'économie du trésor du XXI° siècle : l'eau. Leur sélection minutieuse des origines des aliments : plus d'espèces en voie d'extinction. La fin du déboisement… Il avait un air passionné en me débitant son discours. Et malgré ma haine envers ce Parti, qui avait tué ma mère, parce qu'elle en savait trop sur leurs projets ; je n'arrivais pas à trouver d'arguments pour le contredire.
- C'est pourquoi, on devrait leur faire confiance sur la désensibilisation.
- Matt ! Parce qu'ils ont réussi à arranger quelques points dysfonctionnant dans notre système, tu es persuadé qu'il faut perdre tous sentiments humains ? Pense à maman, on était au courant de tout ça bien avant que ça ne soit mis en vigueur. On lui a promis de lutter pour garder nos sentiments. Notre amour pour elle.
- Depuis que la désensibilisation est devenue obligatoire, il n'y a plus de haine, plus d'envie, plus d'avarice, plus de jalousie… Ce qui entraîne la disparition des guerres, des vols, des meurtres, des viols. La redistribution est approuvée par tout le monde, et chacun à confiance en son voisin.
- Tous ces sentiments font justement partis de la nature humaine. Il faut les accepter. Ils vont de pair avec la joie, la réjouissance, le partage, la générosité. Matt comment peux-tu souhaiter vivre dans un monde où tout ça disparaîtrait ? Comment as-tu pu à ce point changer en deux ans ? Ou peut-être as-tu déjà été désensibilisé ? La taupe a changé de camp.
Je sentais mes larmes monter aux yeux. J'avais perdu mon frère, ma famille. Et je vis que lui aussi était bouleversé.
- Je n'ai pas encore été désensibilisé. Le Parti a accepté ma requête avant. Celle que je retrouve ma sœur et que nous sautions le pas ensemble. Je ne voulais pas que tu sois triste. Que tu te retrouves seule.
- Avant ce soir je n'étais pas triste. Du moins pas comme maintenant. Jusqu'à cet instant j'espérais que tu reviennes et que tu ais trouvé une solution. Pour nous sauver, pour nous cacher, qu'importe ! Ne le fais pas Matt. Reste avec moi !
- Je le ferai quoi qu'il advienne. Je désirais seulement que tu le fasses avec moi. Si tu savais, j'ai connu des personnes avant et après leur désensibilisation. Elles avaient l'air plus sereines. Et déterminées. On s'engage pour le bien de notre planète, le bien d'autrui. Plus de stress, plus de complications.
Je ne savais plus quoi répondre, mon esprit était embrouillé. J'avais toujours eu une confiance absolue en mon frère. Il était mon modèle. Je l'imitais en tout point.
- Et j'ai croisé Papa.
- Comment allait-il ? Tu es sûr que c'était bien lui ?
- Certain. Il allait bien. Serein comme je te l'expliquais.
- Il ne s'inquiétait pas pour moi ? Il t'a reconnu ?
- La désensibilisation ne provoque pas l'oubli. Il a dit que ça serait bien que tu nous rejoignes. Tu n'as pas envie de revoir papa ?

Mon frère me tendait sa main et m'invitait à le rejoindre. Lui et papa. Je m'avançais pour lui saisir la main lorsque je sentis une étreinte se desserrer autour de ma taille. Mon cœur s'accéléra angoissé, et je rattrapais les deux mains prêtes à quitter mes hanches en hurlant.
- NON !
Je me retournais et voyais le visage ravagé de Ren. Comment ais-je pu un seul instant songer à partir en le laissant. Comment ais-je pu me laisser convaincre par mon frère.
- Vas-y part avec lui. Si je n'étais pas là, c'est ce que tu aurais fait.
En prononçant ces mots, il me serrait plus fort que jamais. Je sentais sa douleur dans notre étreinte. Je ne le quitterais pas. Je passais mes bras autour de son cou et l'embrassai en pleurant. Je sentis ces larmes se mêler aux miennes. Tant d'émotions. Je ne pouvais pas y renoncer.
- Matt, je reste avec Ren.
- Je m'en doutais. J'aurais aimé que ça se passe autrement. Crois-moi.

Une dizaine d'agents sortirent du bois entourant la cabane. Ren et moi savions qu'il était inutile de courir. Pourtant nous essayâmes de nous échapper main dans la main. Je trébuchai et me tordis la cheville. Il me prit dans ses bras et couru. Pendant dix minutes.
Essoufflé, il me posa au sol. Nous nous serrâmes et nous embrassâmes une dernière fois. Les agents arrivaient. Cinq pour chacun. Ils se jetèrent sur nous. Nous avions beaux nous coller l'un à l'autre, hurler à chaque moment où une main quittait un bras, où ce bras quittait une hanche, nous n'eûmes pas assez de force pour leur résister. Nous étions séparés. Je ne lui avais même pas prononcé ces trois mots pourtant évidents. Et puis… le trou noir.

*****

Je me promenais avec mon père et mon frère dans les rues de Glasgow. Tout était calme. Il manquait quelque chose.
- Allison !
Je me retournai et vis Ren. Je me rappelai avoir voulu lui dire quelque chose la dernière fois que l'on s'était vu. Ça me reviendrait. Il s'était passé un évènement important depuis. Qui nous avait changés. Mais impossible de me rappeler quoi.
- Bonjour Ren. Quoi de nouveau ?
- J'ai reçu l'ordre du Parti de me marier. Il faut assurer une nouvelle génération.
- C'est vrai ? Au boulot alors.
- On se connaît non ?
Je secouai ma tête de haut en bas.
- Alors tu m'épouses ?
Je regardai mon père et mon frère qui acquiescèrent. Je les imitai. Ren me prit la main et me regarda dans les yeux. Mon manque disparu. Je su que le sien aussi.
Deux esprits liés. Un mot émergea : symbiose ?

Histoire publiée le 07/04/2009 à 13h24.
Thèmes : Désir, Dictature, Famille, Fuite, Réflexion, Société

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
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Dernière visite le 17/08/2010 à 20h10 Cassandrielle Dernière visite le 17/08/2010 à 20h10 - Voir ses histoires
 

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Commentaires

Avatar de andrea1

Par andrea1 le 21/04/2009 à 21h30
Jusqu'à hier.

Superbe histoire; j'ai adoré les trois parties!

Avatar de tino

Par tino le 13/04/2009 à 10h43
Time to move on !

c'est vraiment bien écrit !!! Chapeau !!

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