Tous ces mots qui ne sortent pas...
- Il faut en parler, allez courage, debout debout allez ressaisit toi, parles-en et libère toi, allez, sors de ta bulle!
- Peux pas...
Ce n'est pas maintenant qu'elle en parlera, pouvez-vous juste imaginer comment elle vie dans cet affreux cauchemar? Non, ne dites pas qu'il y a surement pire. D'abord parce qu'il n'y en a pas, et puis parce que ce ne sont pas les évènements qui en décident mais la façon dont on les voit. Et cette jeune fille là, elle se sentait plus que mal rien qu'en y pensant, alors comment pouvait elle faire sortir tous les mots qui l'avaient autre-fois assassinée?
- Je peux... Enfin... Je...?
- Chut, tant que ça t'aidera à t'en sortir, oui tu peux, et tu n'a pas besoin de me demander
Du sang, des bras qui saignaient; du sang, un coeur qui saignait; du sang, des larmes... Elle s'était pratiquement noyée dans le sang dans lequel elle gisait, celui qui avaient coulé de ses propres bras, de sa poitrine, de son ventre, de ses jambes, de partout...
Quelques jours plus tard, les seuls gens à qui elle osait parler n'étaient que dealers. Pourquoi leur parler? à votre avis?!
Les overdoses se sont accumulées, l'une après l'autre, sans que personne n'y voit quoi que ce soit. Elle ne parlait pas. Certains croyaient même qu'elle était devenue muette. Ses parents la punissaient souvent, mais n'y voyaient rien. Ils la punissaient sans raison valable, elle a du oublier de faire ses devoirs, ou elle a dû accroché un dessin sordide qui ne leur plaisait pas, ou alors elle ne répondait pas à leurs besoins. Mais il n'y voyaient rien du tout. Ils ne voyaient rien de la souffrance que leur propre fille endurait. Frapper frapper frapper, leur mot préféré, celui qu'ils ne cessaient d'exécuter.
Il est vrai que même avant, elle ne se réfugiait que dans son cocon, renfermée sur elle-même, solitaire, triste... Mais après, chute libre...
Pendant plusieurs mois, elle a sombré dans la dépression. Et venaient empirer son état ceux qui admiraient inlassablement son corps d'enfant, comme s'il n'avait pas assez souffert comme ça.
- Juste essaye, développe, parles-en
- Peux pas...
Ce ne fut que quatre mois plus tard qu'elle osa essayer d'avancer d'un petit pas. Elle en parla enfin à quelques personnes, à deux personnes. La première était celui qu'elle considérait comme ami, lui qui était si gentil avec elle, si confiant... Lui qui en profita pour sortir ses griffes tranchantes, lui qui en profita pour la mettre en cendres. Lui à qui elle en voulait... Et la seconde était quelqu'un. Quelqu'un qui finit par lui donner la force, quelqu'un qui finit par devenir son ami le plus proche, celui auquel elle s'accrochait plus que tout au monde, le seul à qui elle se confiait, le seul à qui elle parlait sans peur.
Mais ses mots, ces mots qui la hantaient, ceux qu'elle croyait éloignés, n'étaient toujours pas sortis de son intérieur fragile. Elle en avait parlé à un ange, même si c'était par écrit, mais ce n'est pas comme si elle avait effacé sa mémoire. Tout lui revenait toujours. Chaque matin, dans son ombre, son reflet, tout ce qu'elle approchait, chaque nuit dans ses cauchemars, tout le temps. Elle ne pouvait ni tourner ni déchirer la page.
Elle avait touché le fond et a commencé à creuser.
Lorsqu'elle transcrivait ses maux en mots, c'était comme si le temps ralentissait. Chaque deux lettres étaient séparées par des minutes. Elle avait peur de ses propres mots. Et pourtant, elle avait eu le courage de les écrire.
- Pourquoi il s'en va pas?
- Je ne sais pas mon cœur, oublie-le...
Ces mains baladeuses, ce corps gelé, cette langue, ce tout... Elle continuait à les voire. Elle savait que rien n'en était, il était peut-être très loin d'elle, mais elle le voyait, elle le ressentait. Elle allait jusqu'à s'arracher la peau pour arrêter de ressentir chaque geste qu'il faisait. Elle se griffait chaque endroit qu'il frôlait de ses doigts, et avec acharnement elle cognait de sa lame chaque membre qu'il osait toucher. Il était présent sans l'être.
Le sortir de la tête, le sortir de la tête, le sortir de la tête...
- Calme-toi...
Elle sanglotait, elle se blottissait contre ses nombreuses peluches, sous sa couette, et pleurait toute l'eau de son corps. Même sa propre personne qui en savait tout n'arrivait pas à la sortir de son enfer. Même seize mois plus tard, ou peut-être plus, ou moins, son enfer continuait.
A la simple évocation d'un mot ayant un rapport avec son souvenirs, sa peau frémissait, et ses yeux s'emplissaient de larmes. Elle continuait toujours à creuser...
Tous ces mots qui ne sortaient pas ont fini par être écrits maintes fois, toujours à la vitesse la plus lente, toujours mouillés de larmes. Et malgré le fait qu'ils aient était "libérés", ils ne sortaient toujours pas...
Tous ces mots ne sortaient pas...
Tous ces maux ne sortaient pas...
Elle avait touché le fond...
A commencé à creuser...
Et n'en finira jamais...
Histoire publiée le 18/08/2010 à 13h09.
Thèmes : Chagrin, Mélancolie, Poids, Secret, Silence, Temps, Tristesse, Vie, Viol
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Par yowl le 16/03/2011 à 21h01
Bonne journée ;p
Très bien écris, c'est magnifique mais douloureux :/
Par koalalolita le 08/12/2010 à 14h20
Reprends tes ailes et va t en loin d'ici
Je crois que je ne peux pas dire " j'aime ", parce que l'histoire est terrible... Je dirai juste " je comprends..." et que c'est très bien dit.
J'imagine que ce n'est pas fictif. /:
+5.
Par ecrit le 18/08/2010 à 19h05
Bravo pour ces mots "sortis" avec talent.
Par alexia4ever le 18/08/2010 à 18h05
Magnifique et poignant....

J'aime énormément, bravo!
5* évidemment
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