Un amour secret (5/7)
Bien que ma voix soit sans intérêt, mes jambes me permettent d'effectuer, avec Juliette, un tour dans le quartier de Montparnasse. Elle fait ses achats dans diverses boutiques de vêtements, toujours sous mon regard qui cache un amour timide de parole. Le temps, semblable à celui de la veille, nous incite à nous promener dans le jardin du Luxembourg, qui offre de vue du quartier de Montparnasse que son imposante tour, connue et réputée dans toute la capitale, comme étant celle offrant la plus belle vue de tout Paris. Une vue que j'ai déjà eu l'occasion de savourer, seul, à méditer dans un vent bénéfique pour ma réflexion. Il en va de soi que je lui parle quand même ; je ne veux pas lui montrer ma souffrance pour éviter qu'elle se doute d'un quelconque amour pour elle. Et pourtant, si elle savait...
En entrant dans le jardin, mon regard est attiré comme un aimant sur l'affiche du film "Wall-E". On y voit un robot mâle, un autre femelle. Ils sont tellement beaux, rien qu'à les voir immobiles, prisonniers d'une longue affiche de papier glacé. Si les robots peuvent s'aimer, pourquoi leurs créateurs ne le peuvent pas ? Cette question, qui résonne dans ma tête comme un dicton ancien, me montre que l'amour concerne tout le monde, même ceux qui ont un cœur artificiel. Pourtant, mon cœur est bien réel, mais personne ne semble vivre en parallèle à mon monde. Je m'assois dans l'herbe, comme la veille, mais cette fois-ci avec Juliette près de moi. Dans le regard des gens, je vois qu'ils ont l'impression que nous sommes en couple, que nous sommes ensemble. Si seulement leurs impressions pouvaient se transformer en des réalités heureuses. Elle regarde toujours le cœur qui entoure mon cou, le touche, et me dit :
- J'aimerais bien avoir un cœur comme le tien.
- Moi aussi..., dis-je l'air ailleurs.
- Je peux l'avoir ?, dit-elle sur l'air de plaisanter.
- Si seulement...
Elle semble renoncer au projet d'avoir un simple cœur en argent accroché à un collier, alors que dans ma cage thoracique, un véritable cœur plus haut que l'or bat en attendant d'être arraché pour être affecté à une vie avec un autre.
- J'y pense, tu ne devais pas me dire un truc tout à l'heure ? T'as dit que c'était important...
- Oui mais... Non... C'est pas... C'est pas très intéressant en fait, dis-je en bafouillant.
- Ça semblait me concerner en tout cas. Est-ce le cas ?
- Euh... Non, ce n'est pas le cas, mentis-je.
- Laissons tomber alors, si ce n'est pas urgent.
Pendant de longs instants, je lui parle de mes études ; elle en fait de même. Elle me parle de ses amours passées ; je n'ai que dire, vu le nombre nul de mes conquêtes. Nous rigolons, nous plaisantons, sur diverses choses souvent pas marrantes. J'aime voir dans son sourire la pureté dont elle est imprégnée. Tellement nous blablatons, nous ignorons le temps qui passe, et qui affiche déjà 19h. Elle me demande si on peut aller manger quelque part ; je lui propose un restaurant japonais, ce qui serait une occasion pour moi de m'initier à la cuisine japonaise, dont on dit le plus grand bien. Comme la veille, nous allons dans le quartier de l'Opéra, où l'univers japonais est présent de façon imposante. Je ne cesse de la regarder du coin de l'œil, trop timide pour me plonger dans le bleu de ses yeux. Mes regards apparaissent pour elle comme inaperçus ; si seulement elle pouvait savoir que je l'aime. Mais lui dire serait briser un secret que je me suis fait à moi-même.
Au restaurant, tellement je suis dans mes pensées, je la laisse commander à ma place un plat qu'elle estime bon pour moi, qui ne suis habitué qu'à la cuisine issue de la connue et réputée gastronomie française. Assise devant moi, elle pense qu'elle joue le simple rôle d'amie ; et pourtant, je préférerais que nous soyons classés dans une catégorie sentimentale supérieure, autrement dit la suprême. Ah, Juliette... Si elle savait que dans mon regard, il n'y a pas que mes yeux qui sont en activité ; c'est mon cœur qui la regarde surtout. Mais elle ne remarque absolument rien ; je suis fondu dans le décor dans une totale ignorance.
Mon plat au nom imprononçable terminé, le sien aussi, nous quittons le restaurant. Comme la veille, au Mc.Do, j'insiste pour lui payer son repas, mais elle refuse, allant même jusqu'à payer le mien alors que j'en ai nullement besoin. Nous marchons jusqu'à la station de métro la plus proche et, avant de s'engager dans les escaliers, elle me demande :
- Je dois rentrer maintenant. Tu vas faire quoi maintenant ?
- J'ai nullement envie de dormir. Je pense que je vais faire une promenade nocturne en bord de Seine, histoire de méditer sur quelque chose d'important.
- Quelle est-elle, cette chose importante ?, dit-elle curieuse.
- ...Mes études, mentis-je après une longue hésitation.
- Je vois, tu as raison de leur donner de l'importance. Bon, alors tu rentres demain à Lille ?
- Oui, le soir. Je m'en vais vers 19H.
- On se reverra peut-être alors ; mes amis seront sans doute là.
- Très bien. Je serais content de les voir.
- Sans problème, dit-elle en affichant un sourire sur son visage radieux. Donc à demain alors ?
- Oui, à demain. Bonne soirée Juliette.
Et je la vois descendre les marches, menant au vaste Paris-souterrain. Je reste en surface, préférant me déplacer en Velib' pour profiter de ce temps qui remplace pour une fois la grisaille française. J'ignore si mon cœur à une météo bien à lui, mais ce que je peux dire, c'est qu'il vit dans une atmosphère pluvieuse.
La nuit tombe petit-à-petit sur Paris, mais je ne remarque rien puisque mon cœur vit dans la nuit depuis sa naissance, sans apercevoir un quelconque rayon de soleil. L'obscurité des rues ne fait nullement peur aux parisiens noctambules, qui décident de passer leur dernier samedi des vacances dans diverses discothèques ou boîtes de nuit. Je fais de mon mieux pour rester loin de cette ambiance festive, puisque je n'ai pas le cœur à faire la fête ; simplement à être aimé. Dans la ville des amoureux, je parcours seul les quais de la Seine, passant par Notre-Dame-de-Paris et sur l'île de la Cité par la même occasion. J'ai un esprit d'humeur à réfléchir ; je me pose sur un banc, et regarde la lumière artificielle qui se noie dans l'eau malpropre de la Seine. Je ne vois certes pas le bleu pollué de la Seine, mais je vois toujours la clarté bleue de ses yeux, dans lequel mon cœur se noie dans une totale indifférence.
Histoire publiée le 01/09/2008 à 13h55.
Thèmes : Admiration, Amour, Rencontre, Secret
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Par pin-k-ie29 le 01/09/2008 à 18h18
Et paf! Ca fait des Choucapic!!!!
toujours aussi fan de ton histoire
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