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Un matin lumineux

Les oiseaux chantent, le soleil s'est levé, depuis combien de temps maintenant ? Je me lève, j'ai faim, quelle heure est-t-il ? Bon, direction: la cuisine.

Aïe, je viens de me prendre la porte, je l'avais fermée hier soir ? J'avais oublié et puis…dans le noir je ne vois rien. Il faudra que j'ouvre mes volets. Je suis sûre que c'est encore un matin lumineux. Je descends à la cuisine, ma mère boit son café.
"Il pleut dehors"

C'est ce qu'elle me dit pour m'accueillir, moi ça me fait sourire.
"Non, il ne pleut pas, je l'entendrais"

Elle sourit, elle pousse toujours un petit soupir particulier quand elle sourit. Je tire la chaise et je m'assois, je mangerais plus tard, j'ai le temps, nous n'allons pas encore déjeuner, puisque maman boit son café.
"Comment tu fais pour aimer ce truc ?
-à ton âge je n'aimais pas ça non plus tu sais."

C'est vrai, elle me la déjà répété plusieurs fois. À chaque fois que je lui pose cette question en fait. La fenêtre est ouverte, les rayons me réchauffe, ça fait un bien fou. C'est encore un matin identique à chaque jour pour vous, différent pour moi. Les odeurs changent tellement, les oiseaux n'ont jamais le même chant, c'est un matin lumineux, comme ces derniers jours, mais un matin tellement différent, comme chaque matin, en fait.
"Et si on allait dans une grande ville aujourd'hui, faire les magasins, ça te tente?
-Oh que oui. J'ai besoin de nouveaux livres, et je ne trouve rien aux librairies d'ici, il n'ont pas le style qui me correspond"

J'ai dit ça en plaisantant, elle l'a sentit, elle a sourit, elle a gloussé aussi. Elle a faillit rire, en fait. J'adore quand elle sourit, je souris aussi.
"Bon allez, manges et vas t'habiller, que l'on puisse partir vite."

Je m'exécute, pour aller au frigo je dois passer devant la fenêtre, comme tous les matins. Le soleil me réchauffe encore, ça me fait toujours autant de bien. En vitesse j'avale un bol de céréales, mince, c'est pas les bonnes, je viens de chouraver celles de ma mère. Il faut croire que je ne suis pas encore bien réveillée. Tant pis. Ma mère range sa tasse de café dans le lave-vaisselle. Et elle va se brosser les dents. Quand à moi, j'avale mon bol, je le range, vide mon verre de lait et attrape une pomme au passage.

Après la séance de nettoyage je vais retrouver ma mère sur le canapé.
"On y va?
-Ok!"

Voici la préfecture du département voisin. Environs trois millions d'habitants, ça change des dix-huit milles de notre ville. Je n'aime pas beaucoup les odeurs des grandes villes, mais j'avoue que c'est plus facile pour s'y repérer. Les magasins de vêtements ont presque tous la même odeur, c'est frustrant. Oh! Pour ceux qui ne l'ont pas compris, l'odeur et l'ouïe sont mes sens les plus développés, ça me permet de me retrouver dans une ville pareille sans avoir besoin de quoi que ce soit. Très pratique.
"Oh! Viens voir ce petit polo, il est trop mignon! Il t'irai bien en plus"

Je ne veux même pas regarder.
"Quelle couleur?
-Rose
-Laisse tomber. En noir y'a pas?"

Je m'approche d'elle
"Si mais je le préfère en rose
-Achète-le en rose
-Non, c'est pour toi que je le prends!
-Alors, laisses-moi choisir les couleurs que je préfère"

Les cabines d'essayage c'est le seul endroit du magasin où toutes les odeurs de vêtement se mélangent. Bon bref, j'attrape le polo noir et je me dirige vers les cabines. Il est un peu moulant, confortable, et il est noir. Bref il est parfait. Je sors de la cabine. Ma mère était déjà devant pendant que je l'essayais, j'ai reconnu son parfum.
"Comment tu me trouves?
-Toujours aussi mince c'est déprimant"

On éclate de rire. Mais dans tout le brouhaha du magasin ça ne s'entend pas. Enfin à peine. Pour vous du moins.
"Non sérieusement il te va vraiment bien.
-Parfait, vendu alors!"

Moi aussi dedans je m'y sens bien.
Je me déshabille, puis me rhabille, range le polo sur le cintre, et sors avec la boucle du cintre entre les doigts. Je pense qu'on va sûrement encore essayer plusieurs choses, connaissant ma maman. Je me dirige vers les jeans, eux aussi ont une odeur particulière. Je les passe en revue, en sentant la matière, les touchants, passant au suivant, et j'ai trouvé celui qui me plait.
" M'MAN!"
Elle déboule du fond du magasin, sur ces petits talons
"Ouais ?
-Il est beau lui, tu ne trouve pas ?
-Assez pour te mettre encore en valeur"

Je vais l'essayais, il me plait, avec le polo, je dois être à croquer. Vivement que je mette les deux au bahut! Simple mais parfait, j'adore. Je n'ai pas besoin du conseil de ma mère cette fois, puisqu'elle me l'a déjà donné. Je le vire, enfile mon autre pantalon, et sors de la cabine, en m'approchant de ma mère.
"Vendu aussi!"
Elle sourit.
"D'autres emplettes ?
-On va voir au prochain magasin, tu as trouvé quelque chose toi ?
-Oh oui! Plein
-Récapitules
-Deux T-shirts, un bleu et un vert avec des imprimés, pas les mêmes, évidement. Un joli petit pull avec un col roulé et deux pantalons dont un jean."

Eh ben…En dix minutes elle a déjà vidé le magasin, il vaut mieux qu'on parte vite.
"Bon direction: la caisse"

C'est facile à reconnaître la caisse, c'est là où il y a toujours une odeur de bois avec le bruit de la caisse enregistreuse. Nos dépenses étant vite réglé maintenant on va au magasins de chaussures. Ce n'est pas mon magasin préféré, j'avoue. Moi du moment que j'ai des baskets le reste, je m'en fiche. Mais ma mère s'achète toujours trois paires, deux à talons et une sans: une paire chic pour le boulot, les réunions et j'en passe, une autre paire un peu moins chic pour balader en ville, et une petite paire de sandales pour traîner dans la maison. Je la laisse régler mes achats, en la sentant aller à droite à gauche, et de temps en temps elle me met des paires de chaussures dans la main pour me dire ce que j'en pense. Je lui demande toujours de quelle couleur elles sont avant de baisser les yeux dessus, une petite manie.
"Blanches
-Prévues pour quelle occasion?
-Le boulot
-Elles sont très bien"
Pour le travail ma mère s'habille toujours en tailleur noir ou blanc. Il vaut mieux que les chaussures aillent avec.
La journée se termine je suis épuisée, on a fait pas mal d'emplettes. Ma mère me regarde
"Tu te débrouille de mieux en mieux, aujourd'hui tu n'as pas fait un seul faux pas"
Je souris, c'est vrai, je me débrouille de mieux en mieux, ça me rend plutôt fière.

Mon téléphone sonne. Je décroche. J'entends un "allo?". C'est marie. Il n'y a pas deux voix comme elle.
"Tu veux venir au lac demain?"
Le lac est assez près de chez moi, je m'y rends toujours à pied.
"Volontiers
-Rendez-vous demain, neuf heures et un pique-nique ça te vas?
-Super
-Ah ! Il y aura Enzo"
Mon cœur bat plus fort, ça ne va pas cesser pendant un bout de temps, Enzo c'est une envie de toujours me taquiner, me titiller. Le "c'est pas juste" qu'il pousse à chaque fois qu'il se rappelle que je ne craint pas les chatouilles. Et cette façon nonchalante d'avouer ce qu'aucun garçon n'aurait aimé avouer. Et…son cœur qu'à demi ouvert que je n'arrive pas à cerner, bon sang…Enzo. Marie le sais très bien, il me plait, non il ne fait pas que me plaire, il fait beaucoup plus que ça, elle sait tout, comme à chaque fois.
"C'était qui ? Vu comment tu as piqué un fard
-La chance, t'as vu ça toi
-Bon c'était qui ?
-Marie
-Menteuse, dit-elle en me taquinant, tu ne rougirais pas pour Marie
-Non mais pour ce qu'elle m'a dit oui
-Je veux savoir !"
Ma mère est curieuse, c'est ce qui fait qu'on s'entend si bien, puisqu'elle était déjà très curieuse au point de vouloir absolument tout connaître de moi. Est-ce que je plaisante ? Oui, un peu. Elle me laisse guider ma vie, mais elle et moi, on est très proche, puisqu'elle me raconte presque tout, et moi aussi. Le ton qu'elle prend me fait croire que je suis retombée avec une enfant, une gamine, et puis aussi une fille de mon âge, une copine curieuse comme d'habitude. C'est le ton qu'une enfant de quelque année prendrait, qui dit "si tu ne me le dit pas, je boude!", un peu de chantage affectif, pour beaucoup d'amour. Mais je ne marche pas au chantage. Un sourire aux lèvres et juste pour la taquiner…
"Je ne parlerais qu'en présence de mon avocat"

Le lendemain arrive, c'est encore un matin lumineux, les oiseaux chantent encore. Ma mère me donne un sandwich tout prêt de chez le boulanger et me racontes tout ce qu'il y a dedans pendant que je le prends et que je le mets dans mon sac. Il est neuf heures moins le quart, je pars de la maison.

Quelqu'un me suit, je l'entends, l'odeur ne me dit rien qu'y vaille, je me retourne, il approche. Mon cœur bat, ça s'appelle la peur, je suis morte de trouille.
"Vous me suivez ?
-Tu es perspicace
-Pourquoi faire?
-Te violer, peut-être"

Non, pas ça, je commence à courir, je ne veux pas qu'il me touche, j'ai peur, à l'aide! Il court plus vite que moi et se rapproche, je largue mon sac et pique un sprint. J'arrive au bout du chemin, là où tout le monde pourrait nous voir, je sens la lumière me frapper, j'en profite pour reprendre mon souffle, l'odeur n'est pas parti, il est encore loin derrière moi, mais il se rapproche pas mal, là je suis en sécurité, il ne pourra rien faire. L'odeur s'éloigne, je l'ai échappée belle, mais qu'est-ce que je dois faire ? Je ne peux pas porter plainte, et je n'ai rien vu venir.
Je m'allonge, je suis épuisée, un chemin que je fait en un quart d'heure, je viens de le courir en une minute. Je veux me poser, au milieu des champs autour de beaucoup de monde, je veux me reposer, un peu…

Mon portable vibre dans ma poche, comment ça se fait qu'il ne s'est pas barré en chemin lui ? Mince mon cœur bat encore, j'ai encore peur. Je ne sais pas combien de temps je suis restée ici.
"Allo ?
-Mais qu'est-ce que tu fais ? Enzo est allé te chercher le long de ton chemin
-Enzo…
-Oui ?"
J'ai le téléphone sur l'oreille et eu moment où j'ai murmurer son nom il est là, sa tête au dessus de la mienne. Dans le mélange des odeurs du champ je n'ai pas senti la sienne. Je raccroche.
"Tu as privilégié un moment avec le soleil ?
-Très drôle
-Allez debout!"
Je m'exécute
"Je t'avais tendu la main"
Je le regarde d'un air assez mauvais
"Je l'avais pas vu…
-Je sais"
Me dit-il en passa son bras derrière mon épaule, en me rapprochant de lui, et en m'étranglant à moitié.
"Aïe! Faut que j'aille chercher mon sac"
Je le laisse et retourne dans le chemin, l'odeur de l'homme y est encore. Est-ce que je suis paranoïaque ? Je ne me souviens plus d'où je l'ai laissé, mais je sais qu'il porte mon odeur, c'est déjà ça. Je finis par sentir mon odeur, j'ai trouvé ce que je cherchais. J'ai l'impression que l'odeur de l'homme ignoble me suit, pire, qu'elle se rapproche. Je pense que je devrais me calmer un peu.
"Tu cours vite, ma chérie"
Merde, il est encore là, mon cœur recommence à battre, toujours plus fort, toujours aussi peur. Je ne peux pas courir dans l'autre sens maintenant.
"ENZO !"
Qu'au moins quelqu'un puisse m'aider à porter plainte. Merde, j'ai peur ! J'ai peur ! J'AI PEUR !
Je sens son odeur approcher, l'homme apparemment lui ne s'affole même pas. Enzo, Enzo, sil te plait ! L'homme me tiens, moi je me débat dans tout les sens, laissez-moi ! LAISSEZ-MOI ! Il vient de déchirer mon débardeur. J'entends. Enzo, je l'entends. Il n'est pas loin, je dois tenir jusque là.
"ENZO !"
Bon sang, ne m'oublie pas. J'ai peur !
"Eh vous!"
L'homme s'affole. Enfin… il se relève, il part, j'ai peur. J'ai peur.
"Nina !"
Je ne dis rien, je n'y arrive pas, j'ai encore peur. Je sens son odeur, je connais sa voix, mais je ne peux pas respirer, j'ai peur. Bon sang !
Quelque chose me sert dans ses bras, je cris. Et si ce n'était pas Enzo, si c'était encore lui, si je me trompais sur l'odeur ?
"Je suis là Nina"
Enzo, bon sang c'est toi. Tout se relâche, je suis fatiguée, mon cœur bat encore très fort, trop fort ? Vite, un peu trop vite.
"Je suis là" Me répète-t-il encore, en murmurant cette fois. Enzo…
C'est maintenant que je pleure, j'ai échappé au pire. J'ai besoin de lui, je n'y arrive pas toute seule, j'ai fait un faux pas, cette fois j'en ai fait un, je n'ai pas fait confiance à mes sens. J'ai perdu. Je n'y arriverais pas toute seule, jamais.
"Ne me laisses pas
-Jamais…"
Je n'ai que lui comme ami, je n'en ai qu'un qui puisse me protégé, je n'ai que lui. Mais il ne sera pas toujours là, lui, il ne sera un jour plus là. Il faut que je lui dise, il faut que j'y arrive.
"Enzo…
-Je ne te laisserais jamais
-Je t'aime"
Il sourit, je le sais. Que va-t-il dire ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Je me suis plantée ?
"Enfin…"
Non, je n'ai pas tout perdu. Je le sers contre moi. Je tremble encore, plus pour les mêmes raisons maintenant. Mais parce qu'il dépose sur mes lèvres ses lèvres tièdes. J'entends, je sens, son cœur qui bat, qu'on ne me l'enlève pas, jamais.
"C'est bien ma veine !"
Je lui touche le visage, je me dessine ses contours, je le regarde, il a l'air tellement beau. C'est bien ma veine…
"Un jour tu me verras
-Ne tiens pas ce genre de promesse."

J'ai développé quatre sens, puisque je n'ai plus eu le droit au cinquième. Je suis "mal voyante", comme certains disent. Je suis aveugle pour d'autres… Je ne verrais jamais le visage de celui que j'aime, je ne ferais que sentir son odeur.
C'était encore un matin lumineux, j'ai échappé au pire, et j'ai gagné le meilleur. C'était plus qu'un simple matin lumineux, parce que ce jour là, il y a eu son odeur. Enzo…

Histoire publiée le 18/08/2006 à 21h02.
Thèmes : Aveugle

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Commentaires

Avatar de shamiru

Par shamiru le 12/06/2007 à 21h28
veut devenir peter pan

Avatar de hidden-soul

Par hidden-soul le 30/04/2007 à 19h01
Un papillon est né...

les mots m'échappent..très très belle histoire..très bien écrite..beaucoup d'émotions..j'en ai eu les larmes aux yeux à la fin..

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