Un murmure dans la brume.
Tout a commencé un matin brumeux, humide. Devant un cimetière, à aider le souvenir français. Petit tour dans le royaume des défunts pour vérifier les noms, espérer ne pas voir le nom d'un des siens. Passe devant une tombe d'une petite fille, Anna si je me souviens… Pierre mal entretenue, mauvaises herbes qui prolifèrent. L'indignation en moi, colère qui monte. Loïk essaie de me calmer, en vain.
« Comment des parents peuvent laisser ça ? »
« Sont peut être morts avec?»
Rien à redire.
Passe la journée et la pluie tombe, inlassablement.
« Un café ?» nous demande le garçon du bar en bas de la rue.
« Oui. »
« Je vous trouve courageux de faire ça sous la pluie » Nous bûmes sans parler.
Le lendemain, en traînant dans la ville, mes pas m'ont guidé jusqu'au cimetière, à coté un « jard'en point », une boutique de jardin, y passe, achète une paire de gants, des Chrysanthèmes. Re-flore la pierre de la petite, puis part, le cœur un peu plus léger. Traîne encore et encore dans la ville, me pose mille et une questions. Assis sur un banc, le visage plongé dans mes mains, le cœur contracté, je repense à ma journée, au moins une fille est heureuse de l'autre coté, mais à part ça rien de bien extraordinaire.
Des murmures, des chuchotements, une présence, féminine, chaude, réconfortante. Des larmes, sur mes joues, des larmes mais pas les miennes. Des larmes chaudes. Joyeuses. Pas les miennes, donc. Une voix, chaleureuse, délicieuse. Cristalline. Celle d'une fille de mon âge, mais d'une clarté ancienne. Un peu comme le vent qui souffle dans les arbres le matin, un vent chargé de rosée. Une voix dont je suis tombé amoureux.
Une fille, aux cheveux longs, noirs, ondulés comme l'eau était assise dans un arbre. Elle riait, un rire si joli que tous mes problèmes s'envolèrent. Elle sauta, comme portée par le vent, s'approcha de moi,
« Je m'appelle Anna et toi ? »
Je ne répondis pas, un pétale de Chrysanthème était sur sa robe, rouge comme du soleil au soir, tâche sur sa robe blanche comme de la soie… non comme un linceul ! Cette Anna était ma Anna ! Celle qui dormait. La peur me prit, je courus, trop vite, tombai. Elle m'aida à me relever, se jeta dans mes bras, un sentiment mi-froid mi-chaud me prit.
« Merci, merci pour tout, je serai là, pour toi. Si tu savais comme on était proches… avant… avant… que je que nous… la falaise… » Un vertige me prend.
« Pourquoi ici ? Demandais-je à Anna.
- Parce qu'ici c'est beau ! »
Tout simplement, c'est beau. Le vide sous nos pieds, le soleil du soir, se couchant sous les arbres, au loin. J'étais heureux. Elle posa sa tête contre mon épaule, « je t'aime mon cœur », je souris. Puis elle se leva, ferma les yeux, tangua, tomba ! Du mauvais coté. La peur, la solitude, le chagrin, l'ivresse. Une douleur, à la tête je crois.
Je me souviens, voilà le trou dans ma mémoire, la fugue de l'orphelinat, avec Anna. Là, là elle était, mon aimée. Dans une ville qu'elle avait aimée, et moi qui ne venait pas, elle a dû se sentir seule. Moi je ne la mérite pas, j'ai été indigne de son amour. Ses pas me menaient à notre falaise, là où se sont passées nos derniers bonheurs. Des larmes, les miennes coulèrent. Une main effleura la mienne, sans réfléchir, par réflexe je me mis à crier et à pleurer « ANNA… JE T'AIME… reviens… moi… »
Ma chaussure heurta une pierre, le saut, le grand. Plus de cris, plus de peur : on sera ensemble là-bas, une main m'agrippa à temps, « Ne fais pas ça petit… même pour elle, si vous deux c'est fini c'est pour une bonne raison. » Ces mots me choquèrent.
« Elle est morte ! » Un gouffre s'ouvrit dans les yeux de l'homme, me serra contre lui. Il appela les secours, ils arrivèrent vite. « Cet enfant va faire le grand saut. Aidez le ! » Je lançai aux hommes que c'était pour la retrouver, elle Anna, que rien ne m'arrêterai, que s'ils ont un cœur ils me laisseraient, et que s'ils pouvaient, ils me mettraient aux côtés d'elle, Anna De Fontainebleu, celle de l'orphelinat. Un homme s'avança, moi je reculai, basculai.
« Je l'aimais, voila pourquoi j'ai fais ça. ». L'homme en blanc sourit, par amour, le plus bel acte, le plus lâche aussi. Il me prit par l'épaule, me guida vers une pierre, mon nom et celui d'Anna étaient gravés dessus, un homme devant pleurait, « Que tu sois heureux, petit imbécile, toi et ta moitié. » L'homme se leva, regarda vers moi, sourit, essuya d'un revers de manche ses larmes. Et je reconnu l'homme de la falaise. « Je sais que tu m'entends, j'étais là quand elle est tombée, je vous regardais, je vous surveillais, je vous ai laissé filer de l'internat, mais je vous suivais, pour ne pas qu'il vous arrive des ennuis, et elle a glissé, et toi petit con tu l'as suivie, au moins vous êtes ensemble maintenant. Que dieu vous garde sous son aile. » Voila ses derniers mots, les mots du pion de l'internat. Celui qui était leur ange gardien, celui qui a raté son devoir. Celui qui s'en veut mais qui par respect des deux amoureux restera et refleurira leur pierre.
Aimer est le plus beau geste !
Histoire publiée le 05/01/2010 à 18h09.
Thèmes : Amour, Chrysanthèmes, Internat, Linceul, Mort, Noms, Orphelinat, Pion, Soleil, Voix
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Par the-dreamy-fairy le 27/05/2010 à 19h07
Paris magique <3
C'est bien écrit, mais je n'aime pas ton style, désolé de dire ça parce que c'est vrai que la façon de raconter est bien faite , d'un point de vue objectif .
Et personnellment, je n'aime pas du tout, faire des sortes d'énumérations et repartir dans un style plus "conventionnel ", je trouve ça bof. Enfin, je te le dis, ça m'as vite soûlé de lire.
Bref, je note pas parce que ce que je dis là, c'est trop personnel, et sinon, je trouve que tu as bien écrit (même si c'est pas ce que je préfère xD)
Par titezip le 13/11/2008 à 22h15
zut,zut et re-zut !!!!
je ne dois pas montrer ni écrire mes émotions mais la c'est...bouleversant..j'ai me beaucoup vos histoires vous êtes très doué. 5* sans hésiter. bises. Monsieur.
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