Une lettre
A Mon épouse la Comtesse Marie, De Jean Hugo.
Aujourd'hui encore je ne sais où je vais, je ne sais où je suis. Je ne suis chez eux que depuis hier et pourtant de toute part on m'assiège: on conspire tous à la fois à m'assaillir. Je ne fais pas un pas qu'on m'embroche de tout côté; je ne croisse pas un ennemi qui ne me saigne. Autant de perte ma vue se trouble. A ma place Oedipe se serait enflammé les deux yeux. Comme eux je me décore avec toutes sortes de bizarreries; comme eux je me goinfre avec toutes sortes d'excréments: je fais tout comme eux et pourtant tout m'afflige et me nuis et conspire à me nuire. Autant de découvertes me causent bien trop de saignement que je ne peux arrêter qu'avec le temps.
Hier encore j'ai été le témoin d'un singulier spectacle. Un drôle d'engin qui allait à vive allure me fit presque perdre la raison. La chose pouvait faire plus de cent lieux sans s'essouffler. L'objet s'arrête net devant moi et mes sens s'en trouvèrent encore plus troubler. Alors ma curiosité me pousse à monter à son bord. Ma fois le carrosse est digne d'être montée par notre élogieux Prince. Nonobstant mon incrédulité je ne serais que très peu te d'écrire la scène burlesque qui s'offrit à mes sens égarés. Ce siècle se distingue par sa génération : les fruits de l'hymen sont cultivés d'une manière qui me trouble. L'un, à la place de nos perruques, couvre ses antennes avec ce qui vraisemblablement peut se confondre avec nos.... Ce dernier semble être plus à son aise en écoutant les enseignements des poètes lyriques. Pourtant le silence n'est pas un oubli, c'est un souvenir. La jeunesse est une flamme qui s'entretient, moins souvent de la bonne manière. De plus, plus de la moitié de ces fruits sont dans le même état végétatif. Une fois les racines plantées dans une strophe quand on veut essayer d'ajouter un vers ça mord : tenter d'arroser le pommier n'est pas une bonne action. La cause d'un désinvolte qui ne peut être résolu que par la violence et la désobéissance. D'autres encore plus excentriques prennent les devants et se persuadent d'être savant ou philosophe en discutaillant des choses vues. Même le perroquet est sujet à leur entretien. L'ennemi vient de plus loin.
Demain encore le mal s'attaquera à d'autres bourgeons. En attendant, le prêtre s'abrite dans son forteresse, il n'en sort que pour tergiverser. Abruti par une rupture trop brutale de changement il se demande si il est possible de faire un voyage dans le temps, autrement dit si il est possible d'enfouir les erreurs de son siècle. Pour concrétiser les dessins de son utopie il engraine dans sa doctrine ceux qui doivent construire demain pierre par pierre. Trop crédule esprit que l'espace a figé il refoule dans les eaux rougies les vérités et fait resurgir les mensonges qui le rongent et qu'il transmet avec courage et dignité. Ils s'organisent en clairon et laissant les fruits dans leur état végétatif ils vont mouiller la langue dans une eau noire et amère. Lorsque retenti la trompette les esprits replongent.
Je doute ma chère que tu puisses juger de la portée de ma lettre. Tout comme toi tout me dépasse, tout me semble confus, je ne me comprends pas moi-même. Les choses ici sont si différentes. Sache que demain je vais me rendre dans ce château pour étudier ceux qui étudient et ceux qui enseignent. Je dois me lever tôt car la charrette n'attend pas. Chaque fruit désormais mérite mon attention et plus encore ceux qui cultivent ces fruits sans goût. De plus je m'attache aux habitudes. En attendant leur époque ne diffère pas beaucoup de la notre: il y a juste moins de lumière et trop d'ombre.
PS : Mes salutations à nos amis!
Le 25/05/2009
Histoire publiée le 27/09/2009 à 23h06.
Thèmes : Critique, Découverte, Lettre, Société, Voyage
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