Une simple gogosse en bois
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Dans le cadre de mon cours de littérature québécoise au cégep, j'ai eu à rédiger une légende. Il y avait certaines contraintes:
- la légende devait refléter la culture québécoise au 19e siècle; cela voulait donc dire que la religion devait jouer un rôle primordial dans l'esprit des gens.
- le language utilisé devait être le québécois «joual», parce qu'on devait donner l'impression que l'on racontait cette légende à haute voix plutôt que par écrit.
- il devait y avoir un élément fantastique: soit un loup-garou, un Diable, un homme fort, un fantôme... ce que les gens du 19e siècle faisaient interagir dans leurs légendes.
Donc, voici ma légende. Attention, c'est difficile à lire: puisque je devais l'«oraliser», certains mots sont volontairement mal orthographiés pour que l'on sente bien la prononciation québécoise. Il manque aussi des mots à l'occasion, cela est typique chez les Québécois :P.
Amusez-vous !
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Une simple gogosse en bois
Moi j'viens d'un trou : un trou s'une butte. C'est vrai, c't'une grosse montagne, le village est d'ssus, mais c'est tellement perdu loin pis creux dans les Appalaches qu'on dit que c't'un trou. Sainte-Apolline-de-Patton, c't'un trou s'une butte. C'est p'tit, y'a juste 650 habitants, mais c'est tellement grand qu'on est le deuxième plus gros village au Québec. Ben sûr, je parle du territoire ! En 1902 que ça l'a été fondé, mais avant ça y'avait des colons depuis au moins 50 ans. Pis là, mon arriére-grand-pére maternel faisait partie de c'te gang de colons-là. I'était colon, ça fait que i'était pas vite vite, mais i'avait d'la mémoire, toé… une vraie mémoire d'éléphant. Ça fait qu'i'a raconté ben des histoires à ma mére, quand a'était p'tite. Pis elle, a m'en a conté une que j'm'en vas m'en rappeler toute ma vie, parce que ça parlait du yable.
C'est à cause que, par chez nous, y'a tellement pas beaucoup de monde que y'a juste un curé pour 4 villages. Ça fait que y'a juste une messe par mois, c't'à c'te messe-là que le monde allait à confesse. Dans le temps que mon arriére-grand-pére maternel avait pas encore ses quatorze flos pis que mon grand-pére paternel était l'homme le plus fort du village, y'avait une bizarre de femme qui avait pas de mari. Comment ça donc, ça jasait fort dans le village. Pis en plus, on la voyait jamais à messe, c'te marâtre-là. Y'en a qui disent que son mari est mort avant qu'a l'accouche ses jumeaux pis qu'est venue dans not' village parce qu'avait pus de maison oussé qu'a'était avant. Ça fait qu'on jasait-y pas dans le village, y'avait juste d'elle qu'on entendait parler pis pourtant on la voyait quasiment jamais sortir de sa grand-maison qu'était aura le couvent pis le cim'tierre. Y'avait ben ses enfants qu'allaient à l'école pour apprendre leurs affaires qui font dans les classes avec les bonnes sœurs… Eux autres, y'avaient quasiment 8 ans quand est-ce que l'affaire que j'vas vous raconter s'est passée. Pis on les avait jamais vus à messe non plus, les saudits, on avait-tu peur pour les enfants rien qu'un peu. Ça fait qu'un soir de printemps oussé qu'i' faisait pas mal méchant dihors, un vendeux de pigras passe par là, lui vend un cheval noir gossé dans du bois pis i' lui d'mande l'hospitalité. Mais a voulait pas le mettre à coucher chez'eux, le monde jasait assez fort d'elle de même, a voulait pas en rajouter pis garder un homme qu'était même pas son mari dans sa maison, surtout que c't'homme-là avait des yeux bizarres, c'est ça que son fils a dit. A'vait p't-ê'te peur des pensées impures qu'avait dans le cerveau parce qu'allant pas à confesse, a' d'vait en avoir pas mal souvent. En tout cas… Le vendeux de patentes à gosse est reparti au plus vite parce que ça l'air qu'i'avait des affaires à faire au couvent. Vu qu'était pas mal tard, la veuve s'est couchée tu-suite après le départ du colporteux, les enfants en bas pis elle dans le grenier, comme de coutume. Même pas deux menutes après qu'a se soit endormie, le p'tit a vu des ailes pousser sur le joual de bois pis les ailes se sont enflammées comme si c'taient des feux-follets su'l'dos d'la bête. Ça fait que i'a réveillé sa sœur jumelle pis i'a crié à sa mére de se lever drette là, parce que i'avait peur de c'qui s'passait dans maison. L'joual en bois courait partout, on dirait même qu'avait grossi pis i' mettait l'feu aux toiles su'l'bord des châssis. Les jeunes ont sorti d'la maison, mais la mére a jamais entendu ses p'tits crier pour qu'a se léve, a' est restée coincée dans maison pis elle a brûlé d'dans. Pis le joual en bois, lui, i'a sorti d'la cabane, i'a fait le tour du couvent pour ramasser son vendeux, i'ont passé en arrière du cim'tierre pis i' se sont envolés ben loin, on les a jamais revus. Pis c'est ça que ça fait de pas aller à messe : not' maison brûle, on s'en va direct en enfer pis on laisse nos pauv' enfants tu-seuls su'a Terre, i' ont été punis à cause de leur mére irresponsable. Les villageois ont ben essayé d'éteindre le feu, mais quand c'est l'enfer qui brûle su'a Terre, c'est pas éteignable à moins d'avoir la main de Dieu. Amushtenflûte, ça l'a toute brûlé pis on a vu le curé arriver trop tard dans nuite parce que le dimanche de c'te fin de semaine-là, i'était censé être dans un autre village pour faire la messe vu que c'tait pas au tour de Ste-Apolline d'avoir la sienne.
Vous me croirez p't-ê'te pas, mais c'est sûr que c'tait le yable qui a vendu le joual gossé dans du bois à la mére des deux jumeaux. On en a même une preuve dans mon village que c't'histoire-là est arrivée : en arriére du cim'tierre, y'a une grosse roche qu'on appelle le Rocher du Yable, parce que quand qu'i' est parti avec son joual, i'a passé là pis i'a laissé une marque sur la grosse roche. J'vous l'dit, est encore là parce que même mon grand-pére qui était le plus fort du village a pas réussi à la tasser. Pis depuis c'temps-là, le monde à Sainte-Apolline se rappellent que c'est ben important d'aller à messe quand on peut, même si le curé est pas là souvent.
Voilà pour ma légende. J'espère que vous avez eu du plaisir à la lire et que vous n'avez pas trop mal aux yeux !
Histoire publiée le 16/09/2007 à 09h02.
Thèmes : Culture québécoise, Diable, Légende, Québec, Religion
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