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Vivre d'Amour...

Le train allait arriver au terme de 6 heures de chemin ; bientôt le défilé flou des paysages se préciserait, et leurs contours reviendraient à ma mémoire. Ce fut pendant les derniers kilomètres que la peur s'insinua en moi: je réalisai ce qui allait arriver. Je me rendis soudain compte que j'allais revoir l'homme qui avait prit deux ans de ma vie, l'homme que j'avais aimé comme je ne m'en serais jamais crue capable. Avant. Durant le trajet j'avais passé du temps à rêver, jouant et rejouant le film de nos retrouvailles. Le train s'emballait tandis que la panique se diffusait tranquillement dans mes veines. La réalité serait tout autre chose, son corps serait différent que dans mon souvenir vague. Le temps avait tout effacé comme la vague qui lisse inlassablement le sable. C'est alors que je me rappelais que la dernière fois aussi, je mangeais une mandarine. L'odeur fraîche et vive du fruit me projeta puissamment en arrière tandis que le jus coulait dans ma gorge. Alors le manque de lui devint plus fort que jamais il ne l'avait été, et je me levais dans l'allée pour me préparer à descendre.
Il faisait nuit. C'était le début de l'hiver. La vitre me renvoya mon reflet, celui d'une jeune femme exaltée et jeune, folle, fiévreuse. Celui d'une enfant perdue dans une foule de vies, une gamine noyée par les événements. Noyée par ses sentiments. Je me trouvai belle – il fallait que je me trouve belle- et rassurée, j'avançais. Je n'osais même pas regarder le quai glisser tout autour de l'appareil, de peur de voir ce que je mourrais d'envie de voir. Dans un grincement de freins bien familier, le train s'immobilisa… comme le fit mon cœur suspendu dans ma poitrine. Je ne pouvais plus faire demi-tour, il était désormais trop tard. Trop tard.

Je me saisis de ma valise machinalement, comme une poupée vide, comme un automate. Toute couleur avait quitté mes joues pâles à faire peur ; mais ça n'avait plus d'importance, je descendais dans la nuit ; je me souviens qu'il y avait du bruit, des gens, des centaines de gens. Des poussettes, des bagages, des chiens. Je ne sais plus. Plus rien n'avait d'importance. Je voyais sans regarder, j'entendais sans écouter. Tout me paraissait sans importance. Je cherchais une silhouette dans la masse, un homme dans ma vie. Mes yeux glissaient de part et d'autre avec une foi à pleurer. J'y croyais, j'avais tant attendu ce moment, tant attendu. Tant espérée. J'y croyais comme une évidence, comme certains croient en Dieu, comme les enfants croient au père Noel.
C'est alors que je le vis, et plus encore que ce que je pensais- et ce n'était pas faute d'avoir imaginé sans cesse cette scène- tout se figea. Ce fut comme un plongeon dans l'eau ; un choc violent, une perte de repère, puis un instant sourd, ce moment où le temps n'existe plus et où le corps remonte lentement à la surface, auréolé par des milliers de petites bulles blanches. Tout se passa très vite, avec la douceur d'une caresse.

Je discernais un fin sourire avant même qu'il ne fende franchement son visage. Je crois que lui aussi était ému. Bientôt il fut à ma hauteur, à portée de main, de corps, de baiser. J'étais toute chose, et tout prenait enfin du sens. Je lui tendis une joue pour recevoir la première bise. Il recula, et sans hésiter m'ouvrit grand ses deux bras. Je pense n'avoir jamais éprouvé un tel besoin d'être consolée, de redevenir toute petite, minuscule, enfant. Je me jetai contre lui pour étancher le chagrin qui faisait reculer la vie depuis deux ans. Il me serra fort, et je le serrais plus fort encore, pour dire tout ce que j'aurais été incapable de dire avec des mots, de simples mots impuissants. Je pleurais tout ce qu'il m'avait manqué, tout ce que j'avais eu mal de le perdre, tout ce qui était mort et que j'avais perdu. Je pleurais au creux de son cou mes douleurs et mes désillusions, je le pleurais, je pleurais le vide et la solitude, la mort, la vie, la joie, le bonheur. L'amour. Je pleurais d'amour. Il me berça comme on berce un bébé, il me berça longtemps en murmurant doucement à mon oreille pour calmer mes sanglots. L'étreinte dura une éternité. Et ce ne fut qu'ensuite, et seulement ensuite, que nue dans son regard chaud, je l'embrassais.

Histoire publiée le 20/11/2008 à 18h00.
Thèmes : Amour, Emotion, Retrouvailles

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
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Commentaires

Avatar de my-bubbly-rainbow

Par my-bubbly-rainbow le 27/11/2008 à 18h57
http://my-bubbly-rai nbow.skyblog.com

C'est juste magnifiquement magnifique (L)

Avatar de andrea1

Par andrea1 le 24/11/2008 à 22h45
Jusqu'à hier.

J'adore, il y a tant de sentiments dans ton récit...

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