Voyage vers nulle part...
Assise dans le bus, les larmes coulent toutes seules. Je regarde les gens autour de moi. Ils ne semblent pas se rendre compte de ma présence. Ou plutôt si, ils m'observent en silence sans tenter un geste de réconfort. Et à chaque fois que je lève la tête, ils évitent avec soin mon regard, me laissant seule, dans ma peine.
Moi aussi j'ai été comme ça. J'ai cru que parce que je ne m'intéressais pas aux malheurs des gens, le malheur ne me toucherait pas. Et maintenant je regrette. J'aimerais tellement voir une âme s'approcher de moi, me réconforter.
Je ferme les yeux et je le sens. Ce nouveau petit coeur qui, dans ma poitrine, bat. Je sens les battements de ce nouveau petit être qui battent, tentant de se synchroniser avec mon vieux coeur emplis de tristesse. Je serre mes bras contre mon ventre, je suis enceinte.
Est-ce normal qu'une adolescente de treize ans soit dans mon cas? Enceinte aussi jeune. Je suis vraiment pathétique. Je me hais. J'ai envie d'arracher la peau de mon ventre, de sortir le petit être en moi, de m'en débarrasser. Mais je ne peux pas.
Enceinte de six mois et pendant tout ce temps, je n'ai rien vu. Rien sentit. On appelle ça un dédain de grossesse. Je crois... Je ne sais pas. Dans mon cerveau les larmes brouillaient ma vision du Monde, mes pensées. Et j'avais mal, tellement mal.
Je pensais à la réaction de mon père. Il me tuerait. Quand à ma mère, elle, elle en pleurerait. Et je ne voulais pas la rendre malheureuse. Non... je ne voulais pas. Alors que faire?
Autour de moi les gens commençaient à descendre, on approchait du terminus, de mon chez moi. Mais soudain je n'ai plus pu, dans ce bus, je me sentais enfermée. Dans un élan de claustrophobie, je me précipite dehors pour vomir tripe et boyau. Derrière moi, les portes se sont refermées dans un chuintement sourd, m'abandonnant dans un endroit que je ne connaissais pas. Au loin, un bourdonnement m'indique la présence de rail, et peut-être une gare. Pour aller... où? Qui sait... où mes pas me porteront.
Alors, mains dans les poches je marche. Les rails ne sont pas difficile à repérer. Je grimpe sur les bouts de ferraille et marche en équilibre dessus. Il commence à pleuvoir. Et dans mon dos, j'entends le train. Je me retourne.
Mon visage est mouillé par la pluie. A moins que ça ne soit à cause de mes larmes. De toute façon, ça n'a plus d'importance. Les phares du train m'illuminent, m'éblouissent, me rendent aveugle, m'empêchant de regarder la mort dans les yeux. Et le train arrive, me fauchant. Le sang gicle autour de moi. La mort m'emporte, et avec moi, elle prend aussi mon problème. Pardon mon bébé. Pardon...
Juste avant de mourir, la peur arrive. Si soudaine, que j'en ai mal. Alors une voix murmure à mon oreille des paroles de réconfort. Et je meurs en paix, la voix de mon bébé résonnant dans mes tympans. «Où mène la mort? Qui sait... où nos pas la mèneront...»
Histoire publiée le 30/01/2010 à 11h56.
Thèmes : Adolescence, Douleur, Enfant, Fin, Larmes, Lui, Mère, Meurtre, Mort, Peur, Pleurs, Réalité, Sang, Souffrance, Suicide, Voyage
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Par dead-rose le 30/06/2010 à 11h05
Magnifique
Par la-miss-linda le 03/02/2010 à 17h12
==
Triste histoire , & surtout à la fin quand le train arrive !
Par xx-souchis-xx le 31/01/2010 à 12h05
Courage- Superchick.
C'est magnifique.
Par missfashionlove le 31/01/2010 à 08h52
Collége Music Bouquins ...
Une histoire triste mais très bien écrite.
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