Voyages d'enfance
Je suis née à Manakara ville du sud-est de Madagascar, et de mon pays natal me revient quelques souvenirs que je vais vous narrer.
Le premier voyage dont je me souvienne remonte à ma petite enfance : mon père devait emmener des marchandises dans un camion, et nous voulions ma sœur Françoise et moi aller avec lui. Ne voulant pas de nous, il nous a dit : « allez voir les jolis lapins dans le clapier ». Nous y sommes allées, mais très vite, car on ne voulait pas rater le départ du camion.
Il devait être de bonne humeur ce jour là, car il a quand même accepté de nous emmener. Malheureusement, après quelques centaines de mètres, le camion s'est embourbé sur la route car il avait beaucoup plu. Notre premier voyage s'est terminé là. Il a été très court.
Plus tard, ce fût un voyage bien plus mouvementé que nous avons fait après le passage d'un cyclone qui avait tout ravagé. Bien souvent les ponts et les routes n'existent plus quand il est passé. A ce moment là, nous étions en pension à Fianarantsoa, et habituellement nous prenions le train pour revenir dans notre maison qui se situait à Beretra. Mon père nous récupérait à sahasinaka et le voyage se terminait ainsi. Mais, cette année là, pour les vacances de pâques le voyage n'a pas été banal à cause du cyclone. Comme d'habitude, nous avons pris le train à Fianarantsoa, qui nous a posé à la gare de Sahasinaka. Habituellement, mon père nous récupérait sur le quai de la gare, mais ce jour là, il n'était pas là. Ce sont des amis de mes parents qui nous ont récupéré, et nous avons passé la nuit chez eux. Ce n'est que le lendemain que mon père est venu nous chercher. Il avait une jeep à sa disposition sûrement prêtée par des amis, pour cette première partie du voyage. Nous faisons un bout de route, puis tout-à-coup, nous nous retrouvons au bord d'un petit précipice. Le pont qui l'enjambait a disparu, il a été emporté durant les inondations dues aux fortes pluies. Le système D aidant, nous passons quand même à pied sur des poutrelles métalliques qui ont été installées quelques jours plutôt, le vide au-dessous de nous. Il n'était pas question d'avoir le vertige, il fallait avancer. Après ce premier périple, un autre véhicule nous attendait sur l'autre rive, et nous continuons notre chemin tant bien que mal, car la route est boueuse et pleine de nid de poules. A nouveau, la route est coupée, mais cette fois le danger est plus grand car il faut traverser le fleuve qui est en cru, les eaux roulent très fort. C'est une folie, mais si nous voulons rentrer à Beretra, le seul moyen est la pirogue. Au moment de monter, ma sœur s'affole et se met à pleurer. Mon père lui dit de s'arrêter, sinon c'est la gifle. Elle arrive à se calmer, mais elle perçoit mieux le danger que moi, qui suis plus jeune. Je me tais, même si j'ai peur. Nous arrivons à passer avec beaucoup de difficultés. Le passeur est un homme émérite, la pirogue a failli chavirer plusieurs fois. Tant bien que mal nous arrivons sur l'autre rive, et remontons le cours d'eau pour revenir vers la route. La pirogue s'est déportée de plusieurs centaines de mètres à cause du courant. Plus tard, nous en avons reparlé avec notre père qui nous a dit : ce serait à refaire, je ne vous aurais pas fait passer le fleuve, car c'était trop dangereux. Enfin, nous retrouvons la voiture de mon père et continuons d'avancer, mais il a tellement plu que quelques kilomètres plus loin, la voiture s'embourbe au bas d'une côte, près d'un village. Plusieurs malgaches viennent nous aider pour essayer de nous sortir de ce guêpier, mais c'est peine perdue, car mon père n'avait pas une voiture tout terrain. Nous partons donc à pied tous les trois, il n'y a pas d'autres solutions. Au bout d'un moment, nous entendons un moteur de voiture, c'est notre voisin le plus proche, M. Ripoche, qui ne nous voyant pas arriver est venu à notre rencontre, et nous ramène à la maison de Beretra. Enfin, nous sommes arrivés à bon port, et il était temps, car le lendemain toutes les routes étaient coupées par les inondations, et nous étions dans l'isolement le plus complet, les chemins et les ponts étant emportés par la crue.
Quand les vacances ont été terminées, comme il ne nous était pas possible d'y revenir de la même façon, mon père et les voisins ont aménagé sur un terrain pentu une piste de décollage pour un petit avion. C'était formidable, car quand il a décollé, il passait juste au ras des arbres. Nous sommes dont reparti à l'école par ce moyen de transport. Un arrêt a permis de prendre deux autres petites filles de notre âge qui étaient en pension avec nous. J'ai trouvé ce voyage super, et il est très curieux de voir comment est fait le monde quand on est dans les nuages. Tous ces paysages différents, ces rizières, et ces gens avaient l'air d'être des fourmies.
Deux ans après ces évènements, nous sommes rentrés en France. Nous avons traversé une partie de Madagascar partant de Beretra pour aller à Tuléar. Sur cette route, je me souviens de paysages majestueux, qui ressemblait fort à ceux des Etats-Unis dans le Colorado. Ces roches rouges, donnaient un spectacle extraordinaire.
Quand nous sommes arrivés à Tuléar avec mes parents, nous avons visité la ville en pousse-pousse, ainsi que les plages qui sont aux alentours. Mon père rentrait dans des grottes pleines d'eau de mer, et il y avait des poissons multicolores tout autour de lui. On trouvait aussi parfois de grosses tortues qui venaient sur la plage.
Quelques jours plus tard, nous sommes montés sur un bateau de marchandises norvégien qui devait faire escale en France. Il s'appelait le «Free Ford ». Quand nous sommes partis, la mer était vert émeraude et c'était merveilleux. Lors de ce voyage qui a duré 21 jours, nous n'avons pas vu souvent le capitaine de ce bateau, sauf le premier soir, ou toute la famille a mangé avec lui. Nous avons su plus tard qu'il faisait des crises de paludisme. Pour que l'on s'ennuie moins, ma sœur et moi, on nous avait mis une balançoire tout à fait en haut du bateau. Nous avons remonté l'Afrique pour arriver dans la mer rouge, puis le canal de Suez. J'ai été impressionné par le nombre de bateaux qui attendaient pour passer ce canal. Mais certains étaient là tout simplement pour y finir leur vie. Nous avons fait une escale à Djibouty, c'était très coloré. Il me reste encore un souvenir de cette ville, c'est un petit sac en cuir avec des lanières qui le ferme. Il est bleu marine et les illustrations qui sont dessus représentent des scènes de l'Egypte des pharaons. Je l'ai toujours gardé. Il est près de moi en ce moment. Après avoir passé le canal de Suez, nous avons fait connaissance avec la mer Méditerranée. Il y a eu une tempête, et je trouvais ça merveilleux ce bateau qui tanguait. Quand il s'enfonçait dans les flots, de grosses gerbes d'écume revenaient sur l'avant du bateau. Je suis monté tout à fait en haut pour voir la mer démontée. C'était superbe ces vagues. Nous avons vu de loin la Sicile et la Sardaigne, l'Etna qui fumait. Puis, nous sommes arrivés à Marseille. C'était en plein hiver, il a fallu s'habiller avec des manteaux, chose que l'on ne connaissait pas, le climat n'étant pas le même. Arrivés sur le port, on s'est regardé avec ma sœur, nous étions très déçu, et on s'est dit : « c'est ça la France ». Déjà nous manquait notre Madagascar natal. Il faisait froid et c'était gris, nous n'étions pas habitué à ce temps-là. Nous sommes restés quelques jours à Marseille, le temps que mes parents trouvent un véhicule pour aller dans le Limousin, notre destination finale. Mon père nous a fait traverser l'Auvergne, et pour la première fois, nous avons vu de la neige. C'était beau tout ce blanc, mais c'était pas Madagascar. Pour la nuit, mes parents ont trouvé un hôtel, et l'on a bien rit ce soir là avec ma sœur, le lit grinçait, et on faisait exprès de sauter dessus pour faire couiner les ressorts. Puis, nous sommes arrivés à Saint Junien où notre voyage s'est terminé.
Ce sont des voyages d'une vie d'enfant que je vous ai fait partager. A Madagascar, nous vivions des situations au quotidien différentes de celles que l'on trouve en France. Ce pays est le plus merveilleux que je connaisse, c'est normal j'y suis née. Je n'y suis jamais retourné, mais une grande partie de moi est toujours là-bas.
Histoire publiée le 11/03/2007 à 10h04.
Thèmes : Action, Aventure, Vécu
|
| Ajouter aux favoris |
Envoyer à un ami |
Moyenne (0 vote) ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |


Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à en rédiger un !
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !