Nos grands-pères sont tous californiens, mais d'une Californie bien loin de l'image qu'en donnent les séries télé et autres surfeurs, puisque Modesto se range plutôt dans la catégorie ville perdue dans les étendues désertes du centre de l'Etat. C'est là que Jason Lytle grandit en écoutant les Beatles et les
Pink Floyd, rêvant de devenir une star du skateboard. Un genou abîmé plus tard, il se replie dans la musique. C'est en 1992 qu'il forme Grandaddy avec le bassiste Kevin Garcia et le batteur
Aaron Burtch. Ils seront rejoint trois ans plus tard par le guitariste Jim Fairchild et le claviériste Tim Dryden. La bande évolue ainsi au rythme des paysages de Modesto. Leur premier ep, "A Pretty Mess By This One Band" (1996), enregistré et produit par leurs propres moyens dans un studio aménagé dans la maison de Lytle, les classe un temps dans la veine lo-fi ronchon de leurs cousins de
Pavement emmené par
Stephen Malkmus. Mais les garçons prennent une direction quasi cinématique avec l'opus "Under The Western
Freeway" (1997), porté par le
Weezer-esque "Summer Here Kids", qui marque leur consécration (underground). Lytle est sans aucun doute à la mesure de la comparaison avec Wayne Coyne (
The Flaming Lips) ou Mark Linkous (
Sparklehorse), et ses expérimentations musicales, qui mêlent habilement et avec une pointe de nostalgie douce-amère instruments rock traditionnels et sonorités incongrues (ronronnement d'un hélicoptère) n'ont rien à envier à celles de leurs contemporains de
Mercury Rev. Trois ans après leurs errances dans le désert, c'est au désespoir futuriste que s'adonne Grandaddy avec "The Sophtware Slump" qui voit la fusion du rock country et des sons électro se prolonger avec bonheur. Entre pilotes perdus, robots cassés et programmeurs cherchant leur chemin, l'opus n'est pas sans rappeler la mélancolie de l'"OK Computer" de
Radiohead. Trois ans après ce « marasme des logiciels », c'est "Sumday" (2003) qui semble plus que jamais illustrer la vie en dents de scie des start-up et de la Silicon Valley. A mi-chemin entre
Neil Young et
The Alan Parsons Project. En attendant la suite !
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