Le Plagiat
Je professe aux créateurs la maxime suivante
Tant que vous aurez des doigts
Des yeux et un cerveau
Assurez-vous, messieurs, de créer toujours plus
C´est tout à votre honneur
Qu´on vous prenne vos doigts
Ecrivez bien pour moi
Ce sera mon bonheur
J´ai besoin de m´ouvrir
A ces autres qui m´aiment
Pourquoi me fatiguer ?
Ce n´est pas de la flemme
Mais vous êtes si bons
Et moi O ! si mauvais
J´ai besoin de vos fonds
Pomper n´est pas tromper
Car au fond si on m´aime
Pour ce vous créez
C´est qu´au fond c´est bien vous
Qui êtes félicités
Non, croyez-moi, amis
Je suis un manager
Vos écrits à l´abri
De vils petits voleurs
Ne souffriront jamais
Comme moi, du labeur
Par moi, ils survivront!
Vrai, je suis un sauveur !
Je peux tout être à la fois
Obsédé, mélancolique
Torturé, vaguement cynique
Virtuose, ou intimiste
Je suis le seul qui fasse de vous
Une synthèse de bon goût
Soyez flattés, et écrivez!
Ne criez pas au piratage
Ce ne serait que sabordage
De toute façon, j´ai les données
J´ai prix soin de tout sauvegarder
Les commentaires, les commentés
Et si vous n´êtes pas persuadés
Du bonheur du copier coller
Je tâcherai bien d´assurer
Votre petite renommée
En signant, fier, et rassuré
Vos manuscrits bien imprimés
Guettez les bacs le mois prochain
Vous pourriez bien m´y retrouver
J´écris en ce moment quelques jolies fables
Un roman noir, une nouvelle formidable
Vous cherchiez un sens à vos mots?
Eh bien, vous m´avez moi!"
Ce fut le mot de trop
On le jeta dans une mer
De phrases folles et enragées
Il fut sommé de se sauver
Mais inapte à s´y retrouver
Finit lui-même par s´y noyer
Splendeur et Décadence
Grandeur, médiocrité
Dans ce beau monde
Tout est vendable et protégé
Qui part au texte perd le contexte
Ce qui sortit de ta pensée
Appartient à l´humanité
C´est la morale d´aujourd´hui
Ta création n´a aucun prix
Mais si elle sert le bien public
Grand bien lui fasse
Mais...
Quand mangerez-vous de vos propres deniers ?
Je vous donne un indice :
Signez au bas de ce poème
Envoyez le
Diffusez le
Soyez heureux
Il n´y a pas d´aveu honnête
Pour y penser il suffisait
D´avoir un peu de tête
Mais de tête nous n´avons que l´esprit
Et le plagiat est à ce prix
Mais quand, oui quand mangerez-vous de vos propres deniers ?
Poème publié le 02/01/2007 à 22h57.
Thèmes : Eloge, Plagiat
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